Trilogie de Maurienne #3

Si le soleil semble de nouveau généreux à St-Jean-de-Maurienne, le ciel devient franchement menaçant à St-Sorlin-d’Arves au départ une bonne heure plus tard. Pas de quoi entamer le moral des troupes en ce 15 juillet ; j’emporte cependant manchettes et coupe-vent, au cas où. Avec près de 4′ de retard sur le podium au classement général il faudra être très fort ce matin pour inverser la tendance… L’expérience de l’an passé m’a appris que tout est possible le dernier jour, alors pourquoi pas : avec trois ascensions difficiles et un final très corsé il y a de quoi faire des écarts ou avoir une défaillance. Je retrouve donc les protagonistes des jours précédents au départ : Stéphane Cognet, Tim Alleman, Jon Breivold, Leonid Antsfeld, Cédric Richard… Ainsi que quelques hommes frais dont Frédéric Ostian, William Turnes, Jean-Luc Chavanon ou Franck Lemasson.

Trilogie de MaurienneOn retrouve d’ailleurs Leonid et Wouter Been à l’attaque d’entrée, pour aller chercher la récompense du triple kilomètre. Je ne m’en préoccupe pas, et reste concentré sur mes sensations en grimpant le col de la Croix de Fer à froid, ce qui n’est jamais agréable le dernier jour. A 5 W/kg la sélection se fait naturellement et nous sommes moins d’une quinzaine au sommet ; jusqu’ici tout va bien. Le rythme s’accélère jusqu’au col du Glandon où ce que l’on craignait arrive : une belle averse juste au début de la descente, histoire de rendre la route bien grasse et glissante 🙁 En temps normal ces premiers lacets sont compliqués à appréhender, mais là on vire carrément sur des oeufs.

Bien placé dans le sillage de Stéphane et Tim j’essaie d’être le plus souple possible sur les freins, retenant les fondamentaux : freiner avant et surtout pas pendant le virage, anticiper la trajectoire du prochain lacet, etc. Pas simple alors que ma dernière descente ici remonte à 2013, ça passe néanmoins et nous retrouvons une route sèche au-dessus de St-Colomban-des-Villards. L’allure est vive avec un gros travail de Stéphane en tête, suivi comme son ombre par Tim. Jon est absent, en délicatesse avec son freinage au sommet et je suis dans le bon coup avant la vallée, parfait. Wouter profite d’un relâchement général et sort seul ; je ne le reverrai plus. On traverse St-Etienne-de-Cuines (où je perds ma sacoche de selle sur un gros ralentisseur), virage à droite et en avant pour 15 km de vallée.

Trilogie de MaurienneLes relais s’organisent efficacement mais tout le monde ne se livre pas à fond ; au prix d’un gros effort Jon finit par rentrer avec son équipier Asbjorn Madsstuen. Même chose pour William, Jean-Luc et Arnaud Féodoroff qui nous reprennent juste avant le col du Mollard ; un coup pour rien devant, bien que ces efforts finiront par se payer à l’arrière. L’ascension est régulière, autour de 4.5-5 W/kg : j’assure ma part de travail avec Frédéric sans trop en faire, car il faudra être costaud du côté de La Toussuire. Nous sommes une dizaine au sommet, toujours en chasse derrière Wouter et Guillaume Cellard qui a contré dans la montée. La partie plate au sommet permet de se ravitailler en solide, avant de plonger dans la descente.

Celle-ci est belle, sèche et rapide : Frédéric donne le ton et étire le groupe sans trop forcer, je ne suis pas très à l’aise mais arrive à garder les roues dans la ligne droite finale avant St-Jean. Guillaume est repris et nous voilà déjà au pied de la montée de La Toussuire, où ça va forcément bouger. Le round d’observation ne dure pas longtemps : dès les premiers gros pourcentages à Jarrier l’allure va crescendo, le groupe se réduit et je remarque Jon à quelques longueurs. Les jambes sont encore bonnes alors j’attaque plusieurs fois, pour le tester… Stéphane répond du tac au tac flanqué de Tim et Jon, qui ne bluffait pas. Aucun membre du podium ne craque, c’est même moi qui flanche lorsque Stéphane accélère à plus de 6 W/kg : game over 🙁

Trilogie de MaurienneJe me recale à un rythme plus raisonnable (4.5-5 W/kg) suivi de Frédéric, William et Asbjorn. Franck s’est intercalé derrière le trio et garde longtemps 20″ d’avance ; nous finissons par le reprendre dans les portions plus roulantes jusqu’à La Toussuire. L’ascension est longue, en plein soleil il fait chaud… Ici on est chez “Wiwi” ; ses proches l’encouragent et nous ravitaillent, un souci de moins d’ici l’arrivée 🙂 Même en souffrance le vétéran mauriennais ne lâche rien au sommet et se lance à vive allure dans la descente, gravillonneuse et jonchée de trous. Je me fais violence pour tenir les roues en évitant les pièges signalés par William : 10 km plus bas nous revenons sur une portion qui m’est plus favorable. Un dernier ravitaillement, quelques bouts droits de Frédéric et c’est parti pour le col de la Croix de Fer, jusqu’à St-Sorlin.

Le profil moyen est trompeur, car d’entrée on monte 5 km à 8-9 % avant une succession de faux-plats jusqu’à la ligne. Encore à l’aise j’y joue ma dernière carte : d’abord accompagné de Franck puis seul je me détache lentement mais sûrement à 5 W/kg pour creuser un maximum l’écart, tout en conservant quelques forces pour les dix derniers kilomètres. Car avec des rouleurs comme Frédéric et Asbjorn, je sais que j’y perdrai du temps. Le plan fonctionne bien : 50″ d’avance pour 10 km restants, c’est possible mais il ne faut pas s’endormir. Une courte descente jusqu’à Belleville, puis une longue remontée le long de l’Arvan : autour de 4-4.5 W/kg je ne faiblis pas sur le grand plateau, et n’hésite pas à relancer dès que la pente se dresse de temps en temps.

A St-Jean-d’Arves j’aperçois mes adversaires à 30-40″ au bout de la ligne droite, encore 4 km et l’affaire sera réglée. Ceux-ci sont interminables en fin de week-end et je lâche tout ce qui reste à l’entrée de St-Sorlin : un coup d’oeil dans la dernière ligne droite et je franchis la ligne cinquième, en 4h30′. Asbjorn, Frédéric et Franck me suivent dans cet ordre à 20″ ; William et Arnaud complètent le top 10 quelques minutes plus tard. (Bien) plus tôt Jon a plié l’affaire pour l’étape et le général, devançant Stéphane de 4′, Wouter et Tim de 6’30” : le podium reste le même, dans un ordre inversé 😉 Pas de regrets à avoir de mon côté, j’étais plus fort et régulier qu’en 2017 mais le trio restait inaccessible à la régulière. Après un week-end presque parfait en Maurienne cette médaille en chocolat n’a pas un goût si amer 😀

Résultat(s) : Trilogie de Maurienne #3 – étape / Trilogie de Maurienne #3 – général

Laisser un commentaire