Morzine Haut Chablais

Si les violents orages de la veille laissent craindre le pire côté météo, l’épreuve du jour aura lieu au sec. Avec mon copilote du week-end Nicolas Raybaud nous rejoignons le départ dans la fraîcheur et le brouillard morzinois, avec la conviction que le soleil dissipera bientôt les dernières brumes. Après une semaine allégée suite à une Time Megève Mont-Blanc difficile, je ne sais pas trop à quoi m’attendre niveau sensations, et prendrai les difficultés les unes après les autres sur un parcours que je connais par coeur avec mes adversaires montagnards habituels. Seule nouveauté : suite aux intempéries de la veille un éboulement s’est produit sur la route du col du Grand Taillet, qui est de fait escamoté. Soit environ 10 km et 20 minutes de course en moins ; avec la fraîcheur du jour le ravitaillement en eau ne posera pas de problème.

Morzine Haut ChablaisLe départ est tranquille jusqu’au pied du col de Joux-Verte, où je me retrouve dans les roues autour de 4.5 W/kg, idéal pour monter en température et évaluer les forces en présence. Après le lac de Montriond les favoris remontent ; je me sens bien donc imprime un gros rythme en tête dès les plus forts pourcentages. A 5.5 W/kg le groupe de tête explose rapidement : Nicolas Roux me suit de près avec Constantin Perrissin et Duncan Alexander ; Sylvain Clavel, Jérôme Phanon ou Jean-Francis Pessey sont encore là mais font l’élastique. Lorsque Constantin attaque dans la partie la plus raide seuls Nicolas, Duncan et moi arrivons à limiter les dégâts : L’écart plafonne à 15″ aux Lindarets, où Nicolas me relaie dans la poursuite. Il appuie davantage ses relais dans le léger replat, avant que je n’impose à nouveau mon rythme en vue du sommet.

Tout le monde est à fond et je sais qu’il va falloir serrer le jeu dans la descente, surtout face aux excellents descendeurs que sont Nicolas et Duncan. D’abord dans le brouillard, puis au soleil je me mets minable à chaque virage pour reprendre les mètres perdus : nous rejoignons Constantin à mi-pente et j’imagine qu’à ce rythme le break se fait avec nous poursuivants. A peine le temps de souffler à Morzine que Nicolas et Constantin prennent de gros relais en traversant la ville, où l’écart passe à 2′. Je relaie dès que je peux, avec de tel coureurs c’est forcément le bon coup. Sans dire un mot l’entente est parfaite, je me ravitaille et nous filons à toute allure vers St-Jean-d’Aulps, puis Le Biot où commence le col du Corbier.

Morzine Haut ChablaisAvec l’escamotage du col suivant je sais qu’il faut tout mettre sur les vingt prochaines minutes pour basculer avec mes adversaires ; malgré un tempo d’enfer dicté par Constantin ça passe juste, je récupère dans la descente dans la roue de Duncan et les relais tournent à nouveau pendant une longue vallée contournant le col du Grand Taillet, direction La Vernaz. L’atmosphère reste fraîche et humide, se réchauffant sous le soleil ; l’écart face à un peloton d’une vingtaine d’hommes dépasse les 5′ à mi-course, autant dire que l’affaire est en très bonne voie 🙂 L’intensité baisse d’un ton dans cette courte ascension (moins de 5.5 W/kg) où nous commençons à nous découvrir et réfléchir à la suite…

Tantôt en faux-plat montant ou descendant, tantôt en plaine les kilomètres défilent rapidement jusqu’au col de Jambaz ; plutôt roulant je ne m’attends pas à souffrir dans ces pentes, et pourtant les gros relais de Constantin et Nicolas associés au vent favorable me mettent au supplice 😛 A plus de 30 km/h dans un faux-plat montant interminable je suis à la limite avec Duncan et souffle un bon coup à la bascule, où je reste attentif dans la descente sinueuse. Encore quelques cartouches grillées en chemin : guère rassurant en vue de l’obstacle final, au moins tout le monde puise de la même manière dans ses réserves (ou presque). Pas grand chose à signaler la demi-heure suivante, quelques côtes hérissent le parcours jusqu’à Mieussy où nous retrouvons la route principale menant à Taninges.

Morzine Haut ChablaisQui dit route principale dit trafic dense : bien guidés par voiture et moto ouvreuses nous traversons Taninges puis filons à toute allure vers Verchaix : avec plus de 10′ d’avance sur le peloton au pied du col de Joux-Plane la victoire se jouera entre nous 😉 On s’encourage une dernière fois avant de sortir les armes, la partie raide du Villard dégage immédiatement les hommes forts : sans surprise Constantin s’isole devant Nicolas, derrière j’écrase le 36*28 à 6 W/kg pour faire la différence avec Duncan tout en essayant de limiter la casse avec Nicolas. Le plan fonctionne jusqu’à un léger replat : après 3h30 de course je tiens solidement mon podium en arrivant au croisement des Noyerets… où je prends la mauvaise direction, suivant un cycliste qui ne participe pas à l’épreuve 🙁

Malgré une rectification rapide je perds 1’20 » dans l’affaire et me retrouve au pied du podium, plus de 40″ derrière Duncan. L’agacement laisse place à la motivation et je refais mon retard, kilomètre après kilomètre. Profitant des parties les plus pentues au milieu du col je fais la jonction avec mon ami britannique et poursuis autour de 5 W/kg pour creuser l’écart, car il sera plus à l’aise que moi dans la descente finale. Il s’accroche un moment puis cède à 5 km du sommet, à partir de là je monte en mode chrono jusqu’au col du Ranfolly où j’estime l’écart à 1′. J’enfile un coupe-vent et descends énergiquement jusqu’à Morzine dans un final que je connais sur le bout des doigts. Toujours personne au moment de remonter au lac de Montriond, à part quelques finishers du petit parcours.

Restent 2 km à boucler : 6 % de moyenne paraissent anecdotiques mais brûlent les jambes après 4h30′ de course intense, dans le doute j’écrase les pédales gros plateau jusqu’à la ligne, pour un très beau podium en 4h36′ à quelques minutes de Constantin puis Nicolas (déjà sur le podium de la Time Megève Mont-Blanc une semaine plus tôt) et une minute devant Duncan. Les meilleurs du peloton suivent à près de 10′, preuve que je n’ai pas faibli dans Joux-Plane malgré un léger détour 😛 Une course presque parfaite, menée tambour battant loin de l’arrivée entre gentlemen pédaleurs… Me voilà enfin sur de très bons rails pour l’été 😉

Résultat(s) : Morzine Haut Chablais – grand parcours

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