Après de forts orages la nuit précédente les dernières brumes matinales se dissipent au profit d’un généreux soleil, tandis que je fais route vers Arbent pour la Forestière Cyclo. Relativement récente, celle-ci profite des structures mises en place tout le week-end pour les différentes épreuves VTT jurassiennes, dont le réputé marathon XC (support du championnat de France de la discipline l’an passé). Autant dire que l’organisation est rodée ; elle propose un beau parcours (150 km – 3000 m) dans une région qui m’est totalement inconnue.
A quelques jours de l’automne les routes mettent du temps à sécher surtout en forêt, il convient d’être prudent pour les 500 engagés des différents parcours. Aux côtés de Frédéric Ostian et Loïc Ruffaut sur la ligne de départ l’atmosphère se réchauffe rapidement ; équipé de manchettes et coupe-vent je vais vite avoir (trop) chaud. Passées les dernières recommandations le départ est donné par Madame le maire d’Arbent, direction la première difficulté : la côte de Viry (4.5 km @ 6 %).
Thomas Terrettaz et Loïc prennent de suite les choses en main, l’allure est très rapide. La mise en route est un peu difficile mais je reste calé devant : au sommet une bonne vingtaine d’hommes s’est dégagée, et Frédéric prend du champ dans la descente encore mouillée. Personne ne prend vraiment la chasse à son compte ; à la séparation des parcours 125-150 km nous sommes une douzaine derrière l’homme de tête, et ne serons plus rejoints. Tous les costauds sont là : Nicolas Ougier, Jean-Francis Pessey (Team Scott la Clusaz) ; Damien Vuiller, Benjamin Billot (EC Stéphanois) ; l’inoxydable Pierre Chevalier est également présent.
Les routes ne sont jamais plates, le décor toujours vert et varié ; comme au Raid du Bugey ou aux Trois Cols les kilomètres défilent très vite. Nous rejoignons Frédéric peu après la deuxième difficulté, le col de la Croix de la Serra (12.1 km @ 4.4 %). L’ascension est plutôt roulante et irrégulière, avec quelques attaques mais ça rentre vite dans le rang à chaque fois. Je tente moi-même ma chance, sans succès. La première heure de course est passée ; Thomas s’impatiente alors que nous approchons de la côte de Poizat (7.4 km @ 5.1 %).
Le jeune Suisse lance les hostilités dès le pied en imprimant un train très soutenu. Autour de la dixième position du groupe je vois Frédéric, puis Pierre lâcher prise et fournis un effort maximal pour me replacer dans les roues. Par deux fois je manque lâcher le groupe de tête réduit à six unités, mais un court replat me permet de recoller. Au sommet l’allure se réduit quelque peu ; tout le monde respire, car la plupart était vraiment dans les cordes !
Damien, Benjamin, Loïc, Jean-Francis, Nicolas sont là, avec Thomas qui me fait la meilleure impression. Un long faux-plat venté nous mène sur le plateau ; l’allure réduite laisse revenir le reste du groupe avant le col de la Pisseloup (2.7 km @ 5 %), au kilomètre 75. Les rares portions de plat permettent aux relais de s’organiser ; bien sûr personne ne se livre à fond et espère tirer partie de la suite du parcours, encore très accidentée. Les courtes côtes et descentes se succèdent ainsi, sans prise de risque excessive sur des routes étroites, parfois trempées et souvent ravinées par le déluge quelques heures plus tôt.
La descente sur Cerdon n’échappe pas à la règle, je m’y sens cependant à l’aise et creuse un petit écart avec Frédéric, Nicolas… Malheureusement un convoi agricole nous bloque à l’entrée du village ; tout est à refaire avant le col du Vieux Cerdon (3.2 km @ 7.2 %). Au kilomètre 100 la difficulté se charge de faire exploser le groupe : dès les premières rampes à 10 % Thomas imprime un train d’enfer, seulement suivi par Damien, Jean-Francis et Nicolas. Derrière je reste à portée de fusil pendant un bon kilomètre, avant de lâcher prise définitivement dans une légère rupture de pente, en bout de course.
Nicolas est à deux doigts de m’imiter, mais il parvient à recoller -du moins temporairement- au trio de tête. Derrière nous sommes trois à chasser avec Benjamin et Pierre, sans grand espoir de revenir vu que les meilleurs sont devant. Frédéric est un peu plus loin, accompagné de Loïc. Nos qualités se complètent : Benjamin et Pierre prennent de gros relais dans les parties roulantes, je suis plus à l’aise dans les pourcentages… D’une force équivalente nous avons tout intérêt à collaborer pour les 50 km restants.
Ce que nous faisons, sous un chaud soleil de midi. Les relais tournent bien, sans prise de risque inutile dans les descentes : cela permet de se ravitailler tranquillement, et profiter des magnifiques paysages du Jura. Même chose dans le col de Napt (5.2 km @ 7.1 %) où le tempo reste élevé mais régulier, histoire de ne « perdre » personne en route. La descente se fait par paliers vers le ravitaillement de Samognat ; il reste alors 15 km à parcourir au pied de la côte de Veyziat (4 km @ 5.1 %).
La route est un billard bien large, la pente soutenue : je me fais plaisir en menant le trio, relayé par Pierre au sommet. Benjamin a un peu plus de mal mais tient le choc : j’ai sans doute raté la dernière chance d’éviter un sprint à trois… 10, puis 5 km : ça défile en pente douce jusqu’à l’arrivée, via plusieurs ronds-points bien sécurisés par les signaleurs. Nous arrivons enfin à la flamme rouge, où mes deux compagnons (habituels coursiers FFC) me laissent mener jusqu’à la dernière ligne droite.
Le sprint est lancé en faux-plat descendant, vent favorable à 300 m de la ligne… Je ne fais illusion que quelques secondes 😛 Pierre prend la cinquième place devant Benjamin, et moi bon septième après 4h30′ d’effort. Quelques minutes plus tôt Thomas l’emporte logiquement en solitaire après avoir fait la différence à 30 km du but et pris régulièrement du temps à Damien et Jean-Francis (qui complètent le podium). Nicolas arrive moins d’une minute devant nous ; Frédéric et Loïc quelques minutes derrière. Encore une belle course avec de très bonnes sensations sur un beau parcours : le rendez-vous est pris pour 2015 🙂
Résultat(s) : Forestière Cyclo – grand parcours