Morzine – Haut-Chablais

La météo est toujours aussi instable en cette fin de printemps : même si les prévisions météo pour Morzine sont rassurantes ce matin, les épais nuages enveloppant les sommets alentours n’incitent guère à l’optimisme. Pas de quoi effrayer le peloton présent au départ ; certains enchaînent même avec l’Ardéchoise disputée la veille, avec des conditions climatiques non moins difficiles. L’enchaînement inédit Joux-Verte/Encrenaz/Ramaz promet de disperser rapidement la meute, au sein d’un parcours résolument montagneux totalisant 4000 m de dénivelé positif.

Morzine - Haut-ChablaisLe départ est prudent sur route humide, direction le col de la Joux-Verte, un classique de cette épreuve. L’ascension se fait tempo jusqu’au lac de Montriond, tandis que les costauds dont William Turnes, Victor Lafay ou Jérémy Brunello remontent aux avants-postes. Je décide de ne pas bouger avant les Lindarets, chercher plutôt à me réchauffer dans le brouillard et la pluie qui commence à tomber. William accélère à mi-pente, le groupe se réduit à une quinzaine d’hommes mais personne n’engage les grandes manœuvres dans le replat qui suit. Le jambes tournent bien malgré le froid humide, Jean-Francis Pessey accélère au sommet et je le suis pour me ravitailler tranquillement et ne pas prendre de cassure dans la descente.

Victor et Jérémy y sont particulièrement à l’aise, avec Constantin (Team Chris-Net). La pluie est abondante et la traversée de Morzine prudente : nous avons malgré tout une trentaine de secondes d’avance en sortant de la ville. A cinq/six coureurs ça me rappelle l’échappée victorieuse de 2014, donc on roule sous le déluge 🙂 Les premiers lacets du col de l’Encrenaz avoisinent les 10 %, ça monte fort et nous apercevons les poursuivants en contrebas. Victor est très à l’aise, Jérémy aussi ; derrière c’est la débandade après seulement une heure de course… Les grappes de coureurs seront réduites aujourd’hui !

Morzine - Haut-ChablaisA la moitié du col je suis quasiment à fond dans les roues, William et Florian Hudry reviennent comme des balles de l’arrière et je perds quelques mètres lorsque William insiste et emmène Victor sur son porte-bagage. Derrière on souffre avec Florian et Jérémy ; Constantin craque momentanément ce qui nous laisse à trois contre deux. Jouant souvent du dérailleur dans les passages les plus raides je m’accroche tant bien que mal, le froid perturbant mon rendement habituel, y compris en montée. La descente est tortueuse donc forcément prudente, nous sommes toujours en trio au moment d’aborder le col de la Ramaz.

Piochant de plus en plus je finis par lâcher une quinzaine de secondes sur mes adversaires en arrivant dans la station. Connaissant partiellement les lieux je sais qu’il y a un léger replat, puis une descente pas favorable à un homme seul. D’autant plus que le cycliste en question commence à avoir froid après deux heures de pluie non-stop 🙁 Katy me passe un bidon au sommet, où la température n’excède pas 4°C. Je mange tant bien que mal dans la descente détrempée, et retrouve le moral lorsque le soleil fait enfin son apparition dans la vallée. Si la route tarde à sécher, les vêtements redeviennent presque secs ; les 3′ d’écart avec la tête me semblent dérisoires.

Mieux descendu Constantin revient et prend de gros relais pour rentrer sur Florian, légèrement en retrait de Jérémy. L’écart se réduit petit à petit et la jonction est proche au moment d’aborder le col de Plaine-Joux. Florian refait alors parler ses qualités de grimpeur, revient sur Jérémy et disparaît de notre mire. Calé autour de 280 W je glisse gentiment en mode « gestion » tandis que mon compagnon montre des signes de lassitude. Il finit par craquer avant le sommet, je me retrouve seul à mi-course, 5′ derrière les hommes de tête en cinquième position.

Morzine - Haut-ChablaisLes sensations sont encore bonnes, le terrain favorable à un homme seul… Je décide de finir l’aventure en solitaire. Le col de Terramont est plutôt roulant avec un léger vent de face : calé autour de 250-280 W je continue de creuser l’écart avec mes adversaires directs. Dans les replats je limite à 220-250 W, histoire d’en garder pour l’enchaînement final. La température est agréable au moment de remonter à la Vernaz, lorsqu’une averse nous douche à nouveau copieusement. On n’est plus à ça près, au moins il ne fait pas froid 😛 A la séparation des parcours je suis seul au monde ; j’en profite pour satisfaire un besoin naturel.

Rassuré par Katy qui m’annonce le sixième loin derrière j’entame le col de Grand-Taillet confiant, également encouragé par Ivan. Il me pointe à 8′ des leaders qui sont quatre, car il y a eu regroupement. Dans l’euphorie je tarde à me ravitailler, l’erreur se paye cash un peu plus haut. Si je garde un bon rythme dans les gros pourcentages au pied, l’allure plafonne brusquement à 250 W lorsque ça devient plus facile. Pas de doute, la fringale guette et le gel avalé en catastrophe permet de gérer la crise jusqu’au sommet. De précieuses minutes d’avance se sont envolées, mais je garde la tête froide dans la descente.

Au pied du col du Corbier une moto et quelques voitures me doublent, je sens que Cyril Tiné n’est pas loin. Les jambes vont un peu mieux mais ce n’est plus la grande forme. Je décompte longuement les kilomètres jusqu’au sommet, espérant ne pas me faire reprendre avant. J’aperçois mon adversaire à mi-pente, qui revient à toute allure. Il me rejoint à deux kilomètres du sommet et je suis incapable de réagir : tant pis pour le top 5… La dernière descente est encore trempée, j’y laisse tout ce qui me reste de lucidité avant de virer à gauche et écraser les pédales pour les derniers kilomètres.

Morzine - Haut-ChablaisL’arrivée initialement prévue au lac de Montriond est rapprochée à St-Jean-d’Aulps et tant mieux, car j’en ai plein les bottes. Cyril est à deux minutes devant, idem pour Gilles Martinet derrière ; y’a plus qu’à rallier l’arrivée après un faux-plat de 2 km. Rien à signaler à part des derniers hectomètres bien tortueux : je coupe la ligne en 5h21′ à la sixième place. Plutôt satisfait de ma course, les sensations étaient encore au rendez-vous malgré des conditions vraiment difficiles. Je perds énormément de temps (environ 10′) en fin de course par manque de lucidité et gestion, mais marque de gros points chez les 30-39 ans et prends la tête du Grand Trophée 🙂

Un quart d’heure plus tôt tout s’est joué dans le col du Corbier : Florian a mis l’attaque décisive, seulement rejoint puis battu au sprint par Victor. Jérémy et William se disputent la dernière marche sur le podium deux minutes plus tard, à l’avantage du vétéran de la Toussuire. Place maintenant à la récupération en vue de la Grand-Bo que l’on souhaite ensoleillée, avant de faire un mini-break de dix jours sans compétition.

Résultat(s) : Morzine – Haut-Chablais – grand parcours

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