Le printemps tarde à s’installer cette année, et un gros orage mouille en partie les routes vauclusiennes quelques heures avant d’aller défier les pentes du Mont Chauve. Heureusement la température monte vite, et il fait bon au moment de se placer dans le sas de départ en même temps que les nuages se dissipent. Année paire, donc on a droit à l’ascension classique du Mont Ventoux par Bédoin, avant de le contourner par la vallée du Toulourenc et remonter par Sault… Voilà le premier vrai rendez-vous montagnard du Grand Trophée, la forte présence étrangère dans le peloton ne laisse aucun doute à ce sujet 🙂
Après une semaine légère les sensations sont bonnes, je me rassure dans l’approche de St-Estève -toujours nerveuse- avant de virer à gauche, direction le Mont Ventoux. La pente est déjà forte, mais chacun attend la première accélération de Stefano. L’allure est modérée dans les premiers passages à 10 %, l’écrémage se fait progressivement mais pas d’accélération franche. Après quelques minutes le groupe de tête est réduit à une bonne dizaine de coureurs dont quelques concurrents du petit parcours, lorsque Stefano plante la première banderille. Préférant amortir le démarrage je continue à mon rythme, laissant une demi-douzaine de coureurs se détacher et prendre une dizaine de secondes.
Sans faiblir je poursuis seul, précédent un petit groupe avec Brice. Au loin j’aperçois Jürgen, puis David qui lâchent prise et à quelques kilomètres du Chalet-Reynard je reçois quelques gouttes en pleine figure. La couleur du liquide qui se répand sur la fourche le confirme : je viens de crever de l’avant 🙁 Espérant que le latex finisse par boucher le trou, je ne me désunis pas jusqu’à la sortie de la forêt où la roue avant est de plus en plus molle… Toujours à un jet de pierre de David et Jürgen mes poursuivants finissent par revenir, menés par Dorian (petit parcours).
Quasiment à plat je prends un petit coup au moral, et craque à quelques kilomètres du sommet où j’espère trouver quelqu’un pour me dépanner. Ma « sauveuse » s’appelle Katy, qui me prête une roue : merci 😉 ! Je reprends du poil de la bête et franchis le sommet le couteau entre les dents, à deux minutes du groupe précédent mais toujours dans le top 10, rien n’est fini. La descente est longue et fraîche : j’ai du mal à rester efficace et fluide dans les virages à haute vitesse et perds quelques longueurs sur deux concurrents qui me dépassent en trombe.
Sans m’affoler je me ravitaille à Malaucène et prends un bon rythme de croisière au col de Veaux, à près de 100 km de l’arrivée. Un petit groupe me rejoint, composé majoritairement de coureurs du petit parcours. On roule bien ensemble jusqu’à la bifurcation, où nous nous retrouvons à deux sur le grand parcours. On est au km 80 : la route va être sacrément longue en duo et nous assurons un rythme modéré avec un vent plutôt favorable. A Reilhanette Katy me passe un bidon, signe qu’un groupe avec Nicolas n’est plus très loin. Confirmation à Aurel, où la jonction s’opère : il fait chaud, mais le ciel se couvre à notre droite…
Avec les relais appuyés de chacun le rythme est nettement plus élevé en arrivant à Sault, où quelques gouttes commencent à tomber. Nous entamons l’ascension vers le Chalet-Reynard sous des trombes d’eau : ça ne dure pas mais me revigore et j’accélère pour tester le groupe. Nicolas relaie efficacement avec un jeune Belge (Rien) qui semble facile ; les autres suivent et souffrent en silence. Un trio nous précédait de 4′ au pied ; après quelques kilomètres à ce train le débours passe à 3′ alors que le groupe se réduit à quatre hommes.
Dans la dernière partie plus roulante Rien relaie très fort, je serre les dents jusqu’au ravitaillement où nous basculons à deux minutes du trio. Nicolas attaque à fond la descente très technique -heureusement sèche- sur Bédoin, je suis limite de lâcher mais le Belge bouche le trou et nous poursuivons à trois, rarement sous les 70 km/h. Très concentré je calque mes trajectoires sur les leurs (et la moto ouvreuse), la route étant relativement dégagée pour un samedi midi. A St-Estève on retrouve de bonnes lignes droites, la pente se radoucit et je laisse mes compagnons mener pendant que je me ravitaille.
Avant Bédoin nous rejoignons Jérôme, à moins d’une minute de ses anciens compagnons au pied du col de la Madeleine. Apercevant nos adversaires quelques lacets plus loin, Rien remet une couche et nous faisons la jonction au sommet avec Anthony et Tim : six hommes pour la septième place. Il est temps de laisser quelques affaires superflues à Katy avant le col de la Chaîne, forcément décisif à 10 km de l’arrivée.
La pente n’est pas très raide mais après cinq heures de course la première attaque de Rien suffit à faire exploser le groupe. J’y réponds et reviens difficilement sur lui, l’écart se creuse avec nos poursuivants. Il accélère une fois, deux fois… je craque au troisième changement de rythme, à 300 m de la bascule. Derrière on enchaîne avec les Dentelles de Montmirail et je le perds de vue. La messe est dite pour la septième place, reste à conserver la huitième en donnant tout ce qui reste sur les derniers kilomètres.
En mode finisseur je maintiens une trentaine de secondes sur Tim, jusqu’aux quatre derniers kilomètres où je pioche de plus en plus. Il revient très près mais je négocie mieux l’entrée dans Beaumes-de-Venise pour conserver cette huitième place en 5h30, très satisfait après une journée à rebondissements 😛 Jérôme complète le top 10 et Nicolas se classe douzième. Loin devant Stefano a une nouvelle fois dispersé la concurrence pour devancer Kenny et David de plus de six minutes. Reste maintenant à récupérer de cette rude épreuve, pour achever le travail demain à la grimpée chronométrée 😉
Résultat(s) : Ventoux – Beaumes de Venise – grand parcours