Soleil et chaleur nous accueillent à Barcelonnette ce matin, pour cette toute première édition de la Bernard Thévenet. Ayant réalisé -et adoré- le même parcours deux ans plus tôt, j’ai vite coché cette épreuve au moment de définir le calendrier cet hiver. Offrant 125 km et 3600 m de dénivelé sans vallée ou presque, cette épreuve adaptée à mes qualités se disputera dans la canicule, ce qui n’est pas pour me déplaire. C’est donc très motivé que je prends place dans le sas de départ, où on nous annonce que les descentes seront neutralisées, pour la sécurité de tous en cette période touristique.
Après deux kilomètres d’échauffement au frais, nous attaquons par le col d’Allos. Jérôme Phanon imprime un gros rythme, qui étire le peloton en quelques minutes seulement. David Polveroni, Fabien Oules sont présents aux avants-postes, lorsque ce dernier place une grosse accélération pour se débloquer. Là c’est du sérieux, après cinq petits kilomètres de course nous voilà déjà une dizaine en tête. Généreux comme à son habitude Jérôme relaie et l’écart enfle rapidement avec nous poursuivants : seuls deux membres du CVC Montfavet et un jeune de l’UCPG (Gap) parviennent à rentrer.
L’allure est idéale pour ma part, David relaie de temps en temps avec Daan Vermeulen et la progression est régulière jusqu’à la moitié de l’ascension. Malheureusement sur un écart derrière moi l’un des membres du groupe chute, au moment où Daan accélère. Ne sachant pas trop quoi faire je fais l’effort pour le rejoindre avec Serge Garnier, puis me place devant pour monter à mon rythme, sans toutefois me mettre à fond. Derrière ça tarde à revenir, le regroupement s’opère à quelques kilomètres du sommet ; le coureur tombé ne reviendra que dans la descente.
Certains accélèrent à 500 m du sommet pour grappiller quelques secondes au chrono ; puis tout le monde se relève dans la longue descente neutralisée vers Colmars. Je descends en tête, attentif et prudent jusqu’à la Foux-d’Allos, où je profite des quelques lignes droites en pente doute pour me ravitailler. Malgré l’ombre et l’altitude je n’ai pas froid bras nus, il risque de faire très chaud dans le final. Sans forcer le groupe me laisse de l’avance, avant que tout le monde ne se regroupe au moment de reprendre le chrono à Colmars, pied du col des Champs.
Dès l’entame Jérôme et Daan filent pleins gaz, j’assure la poursuite derrière sur une route complètement refaite 🙂 Serge Garnier ayant tourné sur le petit parcours nous sommes moins d’une dizaine, puis une grosse douzaine lorsque certains décrochent dans cette difficile ascension. Malgré un gros tempo l’écart atteint la minute après quelques kilomètres. A part David ou Benoît Bessières qui relaient, certains comme Tim Alleman (vieille connaissance de l’Arvan-Villards) se contentent de suivre en moulinant, attendant probablement la suite pour passer à l’action.
A mi-pente la route se dégrade petit à petit, je suis moins efficace y compris dans le replat du sommet. L’écart approchant les deux minutes c’est mal parti pour la gagne, ceci dit la route est encore longue. Descente neutralisée, à nouveau prudente sur St-Martin-d’Entraunes avec des gravillons qui traînent dans les virages. Cela permet de profiter de la vue tout en buvant abondamment, car la température monte… Chacun relaie à présent, sans se livrer à fond car le col de la Cayolle va être décisif. Passage devant la puce chrono à St-Martin, où les premières pentes de cette ascension de 20 km sont très roulantes.
Dieter Deschrijver assure l’essentiel du travail ; calé dans sa roue, le maillot grand ouvert je songe surtout à la suite car les jambes commencent à piquer. La pente se raidit à Entraunes, le rythme s’accélère et le groupe s’étire. A 10 km du sommet nous sommes cinq poursuivants (David, Dieter, Fabien, Tim et moi) derrière Daan et Jérôme, l’écart oscille entre 2’30 » et 3′ et nous ne reprenons rien. Victime d’un coup de chaud David lâche à son tour ; quelques minutes plus tard Tim sort enfin de sa réserve et accélère. Calé derrière Dieter je préfère amortir l’accélération à Estenc, Fabien craque à son tour et je pars seul à la poursuite de Tim.
En plein soleil la chaleur est écrasante, j’ai du mal à maintenir l’allure mais c’est dur pour tout le monde. Si j’arrive à creuser l’écart sur Dieter et Fabien, Tim se met hors de portée en quelques lacets. Auteur d’un grand numéro il fait la jonction avec la tête au sommet, tandis que je prends un risque en grillant le ravitaillement liquide d’Estenc. Je franchis la cellule chrono au sommet une trentaine de secondes devant Dieter mais loin du podium à plusieurs minutes. Sauf défaillance dans le final, je vois mal comment monter sur la boîte.
Pas attentif je rate le ravitaillement au sommet, les bidons vides pour la dernière heure de course 🙁 Heureusement un motard est là pour nous passer de l’eau, de quoi finir dans de bonnes conditions. Je prends un autre gel et attends Dieter dans cette longue descente sur Uvernet : à deux c’est mieux, sur cette interminable section non chronométrée. Rien à signaler à part une route bosselée, tortueuse et un décor toujours aussi beau entre les falaises alpines 😉
Nous traversons Uvernet-Fours ensemble, une petite côte nous amène au pied de Pra-Loup, à la reprise du chronométrage. J’en profite pour prendre un dernier gel, il reste environ 6 km à tenir jusqu’à la ligne. Sous le soleil de midi la chaleur est intense, mais il y a une quatrième place à aller chercher. Les premiers kilomètres sont plutôt roulants et nous collaborons efficacement jusqu’à l’entrée de la station, où la pente se fait plus raide. C’est là que j’accélère, prenant mètre après mètre.
Le moral gonflé à bloc j’écrase les pédales : la traversée de la station est longue et j’augmente l’écart jusqu’à la ligne, que je coupe à la quatrième place en 4h34’30 ». Pas grand chose à regretter, le podium composé de Tim Alleman, Daan Vermeulen et Jérôme Phanon est à plus de cinq minutes… Inaccessible malgré la très bonne forme du moment, même en économisant quelques cartouches dans les deux premiers cols il n’y avait pas grand chose à faire. Je préfère retenir le bon finish à Pra-Loup, qui me sera indispensable du côté de Jarrier (Arvan-Villards) ou Risoul (France Masters) 😉
Résultat(s) : Bernard Thévenet – grand parcours
Bravo ! J’ai mal aux jambes rien qu’à te lire !
Encore une belle course et toujours aussi bien retranscrit pour nous permettre de ressentir ce que tu as vaincu, merci et Bravo !!!