Le matin est frais et humide au barrage hydrélec du Verney, mais un ciel limpide annonce une splendide journée. Ça tombe bien, car l’une des plus difficiles épreuves du Grand Trophée nous attend avec 173 km et 4000 m de dénivelé, via l’Alpe-du-Grand-Serre, le col d’Ornon, l’Alpe-d’Huez par Villard-Reculas, le col de Sarenne et la difficile montée vers la station de Vaujany. Sur la ligne de départ tous les habitués sont là : Nicolas, Mickaël, Patrick, Pierre (venu défendre son maillot de leader pour la Marmotte), Frédéric qui parfait sa condition pour l’Étape du Tour… sans oublier Michel Snel et Bert Dekker, qui font figure de favoris aujourd’hui. Bref du beau monde, et mon objectif de rentrer dans les vingt premiers sera difficile à réaliser.
La course débute par une longue procession vers Séchilienne dans la vallée de la Romanche : avec mon dossard prioritaire pas de souci, si ce n’est les inévitables risque-tout prêt à mettre dix coureurs par terre à 60 km/h pour gagner une place… sachant qu’ils lâcheront après 200 m dans la première difficulté. De mon côté les sensations sont correctes, et j’attaque l’ascension vers la Morte (15.3 km @ 6.5 %) relativement serein.
Passé St-Barthélémy on a droit à une première accélération, qui fait exploser le peloton. Bien placé je réagis de suite, et me cale dans la roue des favoris. Le train est régulier mais soutenu, et petit à petit le peloton diminue. Pas assez vite au goût de certains, notamment Smits qui mène la danse pour son leader Snel. Derrière tout le monde souffre, et sur une accélération brutale de Mickaël une demi-douzaine d’hommes creuse l’écart à mi-pente. Je bataille avec Nicolas et Patrick, mais on reste proche du petit groupe qui finit par temporiser : au sommet une quinzaine d’hommes bascule en tête, j’en fais partie : cool !
Dans la descente quelques hommes nous rejoignent : nous voilà une bonne vingtaine derrière la voiture ouvreuse. Certains tentent leur chance du côté d’Oris-en-Ratier, mais ça se regroupe à nouveau en haut du court raidillon. Chacun se ravitaille à présent ; j’en fais de même… La course se poursuit sur un rythme tranquille jusqu’à Siévoz ; Frédéric et Patrick prennent un peu de champ dans la descente. Dans la courte remontée qui précède Valbonnais Nicolas part en facteur ; quelques minutes après Dekker place une grosse attaque que j’hésite à suivre. Mickaël, Snel et quelques costauds n’hésitent pas ; bientôt je me retrouve piégé derrière, avec peu de monde pour collaborer.
Personne ne s’arrête ravitailler à Valbonnais, et la chasse s’organise enfin à l’approche du col d’Ornon (14.4 km @ 3.9 %). Au pied Smits fait étalage de ses qualités de grimpeur, et Brice ne tarde pas à le contrer, conscient que le scratch du parcours Senior est en train de se jouer. Je ne peux répondre, et le laisse filer avec trois autres concurrents du Senior : peu importe, on ne court pas pour le même classement. Ils prennent le large et nous avons maintenant le groupe de tête en ligne de mire. Cela motive certains, à commencer par Colevret qui fait un gros effort à quelques kilomètres du sommet. Nous sommes deux à pouvoir suivre, et revenons sur les quatre intercalés. A la jonction Brice attaque une seconde fois : il s’en va rejoindre seul le groupe de tête, prenant une bonne option sur la victoire dans le parcours Senior.
Au sommet quelques coureurs reviennent de l’arrière, et nous descendons à vive allure vers la Paute, sur une route sinueuse que j’apprécie particulièrement. Les relais s’organisent correctement dans la vallée, et les positions commencent à se figer au retour sur Allemont. A la bifurcation je ramasse les deux bidons déposés le matin même : niveau boisson je devrais tenir jusqu’au bout. Je me retrouve ainsi seul à 20″ du groupe, qui éclate rapidement en montant vers l’Alpe-d’Huez via Villard-Reculas (22.6 km @ 4.9 %). Ils restent longtemps en point de mire, et après 10 km d’ascension au train je rejoins deux lâchés du petit groupe.
On collabore tranquillement sur le replat, prenant le temps (pour ma part) de manger un morceau et admirer le paysage. Ça ne dure pas, et dès la remontée vers Huez je ne peux suivre mes deux compagnons de route, collé au bitume (pourtant refait à neuf). Personne derrière, je me mets à mon rythme (merci le Powertap) et laisse passer l’orage, en espérant que ce ne soit pas long. Les jambes reviennent un peu à Huez ; la pente est toujours difficile mais je maintiens l’écart sur mon adversaire direct. Je serre les dents jusqu’au ravitaillement de l’Alpe-d’Huez, et continue de grimper vers la route « pastorale » du col de Sarenne (3 km @ 7.3 %).
La chaleur et l’enchaînement de difficultés font leur effet après 120 km de course, et je dois rester concentré sur les nombreux gravillons et passages à gué de la courte descente, toujours aussi défoncée. J’accuse le coup à la fin de cette interminable ascension, et me fais violence lorsque Edith Van Den Brande et Sébastien Mailfait me rejoignent, histoire de basculer avec eux pour le long retour sur Rochetaillée. C’est bientôt chose faite et deux concurrents nous rejoignent avant la « gravillonneuse » descente sur Clavans, puis Mizoën. La courte remontée avant le Chambon fait toujours aussi mal, mais avec la fatigue personne ne songe à hausser le rythme.
Virage serré à droite, et nous voici sur le barrage du Chambon, avant la succession de tunnels à traverser au-dessus du Freney. Le rythme est correct et les relais plus ou moins réguliers ; on reprend encore un ou deux coureurs, pour se présenter à sept à Bourg-d’Oisans. Idem 10 km plus loin à Rochetaillée, où je prends un dernier gel pour ne pas craquer avant Vaujany. Nous arrivons groupés au Verney, même si certains montrent des signes de lassitude à Allemont.
Dès le pied de l’ascension finale (5 km @ 8.5 %) la féminine du Team Veltec fait le train ; assurant le coup je préfère grimper à ma main, gérant kilomètre après kilomètre. Il fait très chaud maintenant, et je pense à boire très régulièrement sous un soleil de plomb. Devant ça explose ; je reprends un, deux puis trois coureurs mais les écarts restent faibles. Dans le dernier kilomètre j’aperçois Sébastien en difficulté ; un dernier coup de rein pour tenter de revenir, mais je suis trop court et termine 18° en 6h03’39″… encore au pied du podium des 18-29 ans (4°). Dommage, car le troisième termine à une quarantaine de secondes devant ; « hanté » par mes défaillances en ces lieux ces deux dernières années je n’ai pas cherché à suivre le rythme imposé, tant pis.
Cela aurait pu être la cerise sur le gâteau mais c’est le carton plein : je gagne près d’un quart d’heure sur mon temps par rapport à l’an dernier, entre dans le top 20… et repousse un peu plus mon principal adversaire dans le Grand Trophée. Pierre -malgré une crevaison- conserve le maillot de leader face à un excellent Patrick Guéraud ; Nicolas termine à une très bonne 12° place scratch et monte sur la 2° marche du podium des 18-29 ans. Quant à Frédéric il réalise une superbe course pour monter sur le podium scratch, à bonne distance du vainqueur Michel Snel qui sera l’homme à battre, dans quelques jours à la Marmotte.
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Salut Rodolphe,
Bravo pour cette nouvelle perf. Je te souhaite le même classement à la marmotte!
C’est marrant si on compare ton fichier au mien au sommet de Sarenne où tu affiches 135 km pour 3300mD+ tu as la même puissance moy et NP que moi à la fin de ma grand bo ( a priori il y avait aussi 3300md+ et 135 km d’après le fichier polar d’eric M). On finit à peu de chose prêt à la même place. Bon il y avait 2 fois plus de monde sur la vaujany et 40 km de plus ce qui renforce encore ta performance!
Comme d’hab bonne récup pour ‘the race’!
A bientôt
Alban
Salut Alban,
18° à la Marmotte… c’est où qu’on signe 😀 ?
Un top 30 serait une énorme perf, mais je vise surtout le temps ; avec les forces annoncées en présence ça devrait déménager dès le Glandon.
C’est marrant en NP je suis pile à la même valeur qu’à Morzine (247 W), avec quasiment une heure de plus sur le vélo.
Ils annoncent moins chaud à Bourg-d’Oisans pour la fin de semaine : ce serait vraiment la météo idéale.
@+
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