Marmotte

Après une nuit difficile, j’ai rendez-vous ce matin avec la mythique Marmotte (174 km – 5000 m) pour un double objectif : effacer ma défaillance de l’an passé et creuser l’écart sur mon dauphin au Grand Trophée. Après ma belle performance à la Vaujany tous les feux sont au vert : je suis au top de ma condition, la récupération est bonne et le dernier test dans Montaud jeudi soir fut très concluant. Je roule vers le départ avec David, qui lui aussi a de grosses ambitions sur « sa » course.

MarmotteLe départ est extrêmement rapide dans le froid matinal, et mal placé en fond de sas prioritaire je fais un gros effort pour revenir au plus vite devant. C’est chose faite à Rochetaillée au prix d’un bon « déblocage », et j’entame l’ascension vers le barrage du Verney dans les vingt premiers. Le peloton reste très compact et se compresse pour dépasser les nombreux randonneurs qui grimpent en direction du Glandon… Au moment de doubler l’un d’eux le coureur qui me précède fait un écart, ma roue avant lèche sa roue arrière et j’évite la chute de justesse. Mais le choc a voilé la roue, qui heureusement ne touche pas les patins ; rien de très pénalisant pour la suite de l’épreuve.

Dès le pied du Glandon (24.1 km @ 4.8 %) les choses se corsent, et les nombreux Italiens présents mènent un train d’enfer. Je souffre pour suivre et n’imagine pas une seconde pouvoir tenir ce rythme jusqu’au sommet, plus de 20 km plus loin. Après 9 km je craque juste avant la descente, mais ça temporise devant et je recolle avec d’autres concurrents dans le mur à 11 % qui suit. Le répit est de courte durée, puisque l’allure accélère de nouveau à l’approche du barrage de Grand-Maison. Je laisse alors filer les 30 meilleurs ; inutile de se mettre dans le rouge dès le premier col, devant c’est trop fort pour moi. Je prends la tête d’un petit groupe avec Pierre Chevalier et Sander Smits, et à trois le rythme ne faiblit plus.

A l’approche du sommet je fais le forcing pour me rapprocher de quelques coureurs lâchés, dont Nicolas. On bascule ensemble au sommet, et malgré la neutralisation nous créons une cassure dans la descente, où j’aperçois Bart Bury qui a cassé sa roue arrière ; il attend son dépanneur. Descente rapide et technique ; au pied on se retrouve à trois avec Chevalier et Nicolas, le temps de se ravitailler et nous nous relayons pour avaler la (très) longue vallée de la Maurienne, un des moments pénibles du parcours.

Chacun cherchant à se préserver les relais ne sont pas très appuyés, et après quelques kilomètres d’autres coureurs nous rejoignent : nous voilà sept à rouler plus sérieusement. Vers St-Jean-de-Maurienne une mobylette revient en trombe sur nous : Bury a pu se faire dépanner et ramène encore deux coureurs dans sa roue. Ses relais sont impressionnants et la vitesse tombe rarement sous les 40 km/h, malgré les faux-plats. J’essaie d’en garder le plus possible pour le Télégraphe (11.8 km @ 7.3 %), et nous arrivons rapidement à St-Michel pour attaquer la longue route menant au Galibier (34 km).

Dès le pied ça part fort : Bury confirme son statut de favori, emmène Chevalier et un Hollandais dans son sillage et creuse rapidement l’écart sur nous. Je suis à plus de 300 W, inutile de griller des cartouches… Au contraire je prends la tête du groupe dans cette ascension qui me convient, et me cale autour de 280 W, rythme suffisant pour tout le monde (surtout moi :-)) jusqu’au sommet. Je continue à bien m’alimenter en boisson, et me permets d’admirer la vue en contrebas, sous un magnifique ciel bleu. La descente fait du bien à tout le monde, et offre un peu de répit avant la remontée sur le ravitaillement de Valloire, courte mais pentue.

D’un commun accord nous y remplissons nos bidons, ça tombe bien les miens sont vides. Avec la fraîcheur relative du jour ça doit me permettre de tenir jusqu’à l’arrivée. Dans l’intervalle un groupe revient de l’arrière pile au moment où on repart : voilà de bonnes roues à prendre jusqu’à Plan-Lachat, début de l’ascension finale vers le Galibier (18.1 km @ 6.9 %). J’accuse un peu le coup au début, mais je me fais violence pour tenir les roues, au moins jusqu’au premier lacet raide. Le vent souffle de Valloire ; il nous pousse et rafraîchit un peu l’atmosphère, des conditions idéales pour avaler les forts pourcentages de Plan-Lachat.

MarmottePlus que 8 km avant le sommet du col : nous restons groupés dans les premiers passages raides et je ne fais guère attention aux indications du Garmin. Un seul objectif : tenir les roues jusqu’au sommet, malgré la pente et l’altitude. Tout le monde semble souffrir comme moi, sauf Nicolas qui se sent pousser des ailes dans le replat après les Granges. Chacun cherche à récupérer ; lui descend une dent et nous décroche au train. Certains essaient de suivre, mais plafonnent rapidement ; derrière je mène le groupe et prends même quelques secondes d’avance, mais tout le monde se regroupe dans la descente.

Celle-ci est fraîche voire froide ; le coupe-vent suffit à peine, mais le train d’enfer me permet tout juste de manger une barre, pas d’enfiler les manchettes. Arrivé au Lautaret ça se réchauffe à peine, avec le vent violent qui remonte de la vallée. La partie vers la Grave – Villar d’Arène est difficile à négocier : entre les tunnels mal éclairés, la circulation estivale du weekend ce n’est pas facile de suivre mes adversaires surmotivés et prêts à prendre tous les risques. Nous arrivons au barrage du Chambon sans encombre ; une courte remontée dans les tunnels après le Freney-d’Oisans, et c’est la dernière ligne droite sur Bourg-d’Oisans.

Le rythme faiblit un peu avant le pied de l’Alpe malgré les relais réguliers, et j’en profite pour manger encore un peu. Rond-point à droite, quelques hectomètres et nous voilà au pied des 21 lacets mythiques (13.2 km @ 8.1 %). J’avale un dernier gel, bois un bon coup et c’est parti : le compteur affiche 5h36 de course :-). Les 3 km jusqu’à la Garde sont toujours aussi effrayants, et Nicolas nous refait le même numéro qu’au Galibier. Comme à Vaujany je ne cherche pas à suivre et laisse filer le groupe : on va se prendre une heure d’ascension difficile après 160 km de course, il faut gérer ! Rapidement je me cale à 250 W, mais force est de constater qu’en 36*25 à 12-13 km/h je suis plus proche des 280-290 W ;-).

Après la Garde la pente se radoucit, je suis très concentré sur mon ascension : une gorgée d’eau tous les kilomètres, une relance avec du braquet (36*23/21 suivant la déclivité) dans chaque virage à plat… A mi-pente (Ribot) je commence à reprendre des concurrents, mais ne faiblis pas. Les kilomètres défilent jusqu’à Huez où je reconnais Jean-Luc au bord de la route, accompagnant ses coureurs du VC Pontois depuis très tôt ce matin. Il reste 4 km à couvrir, et j’arrive encore à relancer sans trop de mal : ça sent bon tout ça ! Plus haut j’aperçois un maillot Specialized rouge : croyant rejoindre Nicolas je remets une couche dans les derniers virages.

Il s’agit en fait de Cédric, qui est en train de faire une bonne hypoglycémie, comme moi l’an passé. Je l’encourage et continue mon ascension, reprenant un autre membre du groupe. Il s’accroche et nous arrivons ensemble au tunnel, puis à la flamme rouge. J’enclenche le gros plateau pour le sprint final, et franchis la ligne le poing serré en 6h37′. Une très grosse performance, avec plus de 20′ gagnées par rapport à 2010. Cela me place à la 38° place scratch (sur plus de 6000 classés), 11° des 18-29 ans à une quarantaine de minutes de l’incroyable Michel Snel, décidément imbattable cette saison en cyclosport. Nicolas a encore mieux fini, puisqu’il me prend 4′ dans l’Alpe-d’Huez…

Je retiens aussi la gestion parfaite de l’ascension et la course en général : à la limite de l’épuisement l’an dernier, cette année je termine un peu plus frais (autant qu’on peut l’être après 6h30 de vélo en haute montagne), avec de super sensations en fin d’épreuve. Maintenant place à la récupération en ce début de vacances, avant une dernière sortie à la Serre-Che Luc Alphand (édition dantesque avec un double Galibier et le Granon pour finir) dimanche prochain puis une coupure bien méritée jusqu’à fin juillet.

7 réflexions sur « Marmotte »

  1. Belle perf’ Tu viens de prendre une grosse option sur la victoire finale dans le GT !
    Je viens de voir le fichier de ton PT, impressionnante maitrise de fin de course, tu ne perds quasi rien dans le galibier et l’alpe ! Après 4h j’ai du perdre 40W ! dur…
    Entre la FFc et les qualifs pour PBP, il m’a manqué quelques sorties à L3 en enchainant des cols..à méditer pour l’année prochaine.

  2. Salut Rodolphe,
    Rien que de lire le CR ca fatigue ! 🙂
    Bravo pour ce beau resultat et cette belle maitrise de l’effort !
    Bon courage pour la suite !
    Olivier.

  3. Merci à tous… c’est tellement bon de réaliser LA course parfaite le jour J 🙂
    J’ai encore du mal à redescendre sur terre, même si les jambes piquaient encore ce matin, du côté de ND de Vaulx 😛
    Dossard 735 sur la Serre-Che dimanche (plus de dossards prios :()… ça va être un peu tendu au départ mais pas de stress.

  4. Oui je viens de regarder le parcours de cette serre Che. Vous descendez à briancon pour faire demi tour ? Intérêt ? Perso monter et revenir par cette longue et hyper fréquentée route du lautaret, ça me fait pas du tout rêver même avec le galibier en final. Je preferais la beauté de l izoard et sa route fermée. J espère qu ils y reviendront en 2012. Bonne serre top 15 au granon!

  5. C’est sûr que ça ne vaut pas le tour par le Montgenèvre puis l’Italie et retour par les Echelles… avant de partir pour Guillestre et l’Izoard 🙂
    Mais pour fêter le centenaire du Galibier sur le Tour rien n’est trop beau 😉
    Top 15 y’a moyen ; on verra l’état de fraîcheur et le plateau présent au départ.

  6. Ping : TEAM BVSPORT LOIRE » Acte 3 – LA MARMOTTE. Snel double la mise. L’équipe BVSport a fait belle figure !

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