Deux semaines après ma reprise cyclosportive aux Deux-Alpes, je me présente ce matin au départ de l’Alpigap, belle épreuve qui propose de visiter Dévoluy et Champsaur à allure course. Pas moins de 160 km et 3200 m de dénivelé sont à couvrir sur le grand parcours (Champsaurin), via les cols du Villar, de Foureyssasse, d’Espreaux, des Verniers, de la Bachassette, du Festre, de Rioupes, du Noyer et de Manse… Largement de quoi faire la différence pour les courageux ; de mon côté les jambes et la récupération sont en net progrès depuis quinze jours, à confirmer sur le terrain donc.
Le départ est neutralisé le temps de sortir de Gap, mais dès la montée sur la route de Veynes ça embraye très fort, de quoi bien se débloquer les jambes. J’aperçois les frères Ronflet, Serge Garnier, Jérôme Phanon, Patrick Fiorentino, Vincent Arnaud, Sébastien Merle parmi tant d’autres… que du beau monde, et l’écrémage se fait logiquement par l’arrière. Peu avant la descente du col de Foureyssasse nous sommes une bonne vingtaine en tête, quand certains attaquent la descente tambour battant. Tout ce petit monde se regroupe avant le col d’Espreaux, où un jeune coureur du VC La Pomme décide d’augmenter franchement l’allure.
Je serre les dents mais tiens bon ; derrière ça casse et une douzaine d’hommes reste en tête : le bon coup vient de partir. La descente sur Veynes est étroite et tortueuse ; certains coureurs locaux se régalent, d’autres comme moi peinent à suivre. La courte difficulté suivante (col des Verniers) accorde un prime au premier coureur, et nous nous faisons surprendre par un coureur haut-alpin au sommet. Le groupe se reconstitue ensuite au ravitaillement de Veynes, après quasiment un tiers de course. L’occasion pour moi de remplir un bidon avec une bouteille attrapée au vol.
Jusqu’ici tout se déroule à merveille ; l’allure est réduite dans la vallée, quand un motard nous avertit du retour d’un groupe de chasse à une trentaine de secondes. Joris décide de relancer l’allure vers le col de la Bachassette, je le relaie avec Jérôme et l’écart grandit de nouveau : ils ne reviendront plus. Les grandes manœuvres débutent dans le col du Festre : Jérôme mène l’allure, et fait le forcing au fur et à mesure que le col se raidit. Là je suis dans le rouge, et décroche à quelques hectomètres du sommet. Je reviens in-extremis dans la roue de Joris au tout début de la descente, mais c’était très juste.
Les difficultés s’enchaînent désormais, et au ravitaillement de St-Etienne-en-Dévoluy je ne me fais plus trop d’illusions : si ça bataille dans le col du Noyer je devrai gérer l’ascension comme je peux. Comme prévu ça s’agite dès la première partie de l’ascension, et Serge place une banderille que je ne cherche même pas à suivre. Ils sont cinq devant, et je me concentre sur le jeune Pommier qui n’a pas l’air au mieux : avec deux concurrents du parcours moyen devant je peux envisager un top 5 et une victoire dans ma catégorie sur le grand parcours. Je poursuis mon ascension au train sans trop faiblir, alors que devant l’écart se creuse : environ 1′ dans le replat, et quasiment 2′ au sommet.
Je veille à accentuer mon avance sur mes deux poursuivants, en vue de la descente technique qui suit. Ils passent le sommet une quinzaine de secondes plus tard, et font la jonction après quelques lacets. M’accrochant tant bien que mal aux trajectoires qu’ils suivent, je finis par partir à la faute dans le dernier virage. Un freinage trop tardif et appuyé m’oblige à tirer tout droit. Ma chaîne tombe dans l’aventure et vient se bloquer sur la manivelle : je peste et passe de précieuses minutes à tenter de la décoincer ! Je repars enfin, mais seul à 60 km de l’arrivée, sans grand espoir de retour sur mes prédécesseurs.
L’important est de rallier l’arrivée ; j’en ai pour deux bonnes heures de toboggans dans le Champsaur, il va falloir être costaud mentalement. Heureusement le vent n’est pas gênant et les jambes sont encore bonnes. Dès St-Bonnet-en-Champsaur la route se redresse, et c’est parti pour plusieurs kilomètres d’ascension vers Chaillol, rarement sous les 5 %. Personne devant, personne derrière ; au sommet je m’arrête un court instant pour prendre de l’eau, histoire de tenir jusqu’au bout. Descente sur Chabottes, puis passage à St-Jean-St-Nicolas et remontée sur St-Léger-les-Mélèzes.
Quelques marquages au sol indiquent plusieurs GPM : probablement ceux de la classique Gap-Romette-Chaillol, assurément une course pour grimpeurs. A St-Léger un signaleur m’annonce deux hommes à moins d’un kilomètre devant : leur aurais-je repris du temps finalement ? Information confirmée un peu plus loin : à la faveur d’un long lacet je les aperçois, à 2′ environ. Cela me motive davantage, et je mets un peu plus les gaz en montant vers Ancelle. Je sens que je me rapproche, mais pas suffisamment vite. Sur le plateau avant le col de Manse je roule à bloc, le compteur flirtant avec les 50 km/h.
Il reste une douzaine de kilomètres à parcourir, dont la majorité en descente avant une belle remontée vers la ligne. Je tente le coup jusqu’au bout, mais la minute qu’il me reste à boucher sera celle de trop. Les derniers kilomètres vers l’arrivée dans Gap sont parfaitement sécurisés, mais difficiles et interminables ; un dernier virage, une courte descente et je coupe la ligne en 6° position en 5h07’25”, à 17′ du vainqueur Patrick Fiorentino. A chaud je suis évidemment déçu de ma petite erreur dans le Noyer, qui me coûte probablement un top 5 et une victoire dans ma catégorie.
Mais après analyse les sensations étaient bien meilleures ce matin ; je suis particulièrement satisfait de la façon dont j’ai géré les deux dernières heures de course, sans m’écrouler. Un dernier mot sur l’épreuve elle-même, que je découvrais après avoir renoncé l’an dernier. L’organisation est bien rodée, les prestations plutôt haut de gamme (douche et repas chaud à l’hôtel/restaurant Pavillon Carina) et la sécurité bien présente tout au long du parcours (nous traversions plusieurs fois la N85). Peu de monde cette année au départ malgré une belle météo, c’est bien dommage pour cette seizième édition.
Résultats : Alpigap
Trop fort Rodolphe tu as fait vraiment une belle course si j’avais été là pour te coacher tu gagnais !!!:)
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Bravo belle perf. Marrant même D+ et km qu’à la Vosgienne, tu avais envie de te rattraper! Moins de densité tout de même, dommage pour les organisateurs, cela semblait bien ficelé! Et également pas de Lauber ( mais certainement des très bon) pour faire descendre le chrono @4h45!
Oui on se sentait un peu seul sur la fin, avec de gros écarts… pourtant cette cyclo a tout pour plaire : des motards partout, signaleurs à chaque carrefour ou presque, parcours magnifique, excellente météo, douche et repas dans un hôtel après l’arrivée.
Donc moins de cadors et de densité au départ, sur la fin de parcours on profite plus de la vue quand on ne bataille pas à la minute… ce n’est pas forcément pour me déplaire, et ça permet d’accrocher mon meilleur classement en cyclosport 🙂 (et puis terminer à 1/4h de Michel Roux ou Jérôme Phanon après incident mécanique, c’est pas mal quand même ;-)).
La marge se réduit petit à petit…