Après une qualification obtenue à St-Tropez en début de saison, nous voici avec David à Trento pour la finale de l’UCI World Cycling Tour. 112 km et 3000 m de dénivelé devraient suffire à départager les meilleurs de chaque catégorie d’âge (16-29 ans, 30-34 ans, 35-39 ans…) via le Palu di Giovo (8 km @ 5 %), le Lago di Cei (11 km @ 7 %) et l’ascension finale vers le Monte Bondone (19 km @ 8 %), forcément le juge de paix de l’épreuve.
L’organisation est rodée et nous nous dirigeons avec David vers nos sas respectifs, sous une météo fraîche mais optimale. Les différents groupes d’âge se remplissent ainsi, avec un départ décalé de 2′ par âge décroissant : 8h16 pour moi, 8h18 pour David. Dommage car nous ne courrons pas ensemble (même chose pour les autres engagés français comme David De Vecchi, Frédéric Ostian ou Jean-Luc Chavanon), mais cela devrait -en principe- rendre la course plus lisible… au moins jusqu’à ce qu’on rattrape le groupe précédent. Les dossards sont de couleur différente (bleu ciel pour David, vert pour moi), cela suffira à se repérer.
Nous sommes une bonne centaine dans le sas, le départ dans les rues de Trento est calme jusqu’à la sortie de la ville, d’autant que la route -fermée à la circulation- est sèche. Une dizaine de kilomètres pour se mettre en jambes et les attaques fusent dans le roulant Palu di Giovo. Ça monte très vite et déjà nous rattrapons les lâchés du groupe précédent. Conformément à ma stratégie du jour (attendre l’ascension finale pour tout donner) je reste bien à l’abri dans les roues, de toute façon je n’ai pas la force de rouler devant. Je franchis le sommet à l’arraché derrière une bonne quinzaine de coureurs qui attaquent la descente bille en tête ; quelques chutes sérieuses sont à déplorer dans les virages techniques, je passe au travers aisément à près de 70 km/h.
La longue portion de plaine qui suit permet de souffler un peu et de se ravitailler : un imposant groupe se forme avec des concurrents de tous âges, le vent légèrement favorable incite certains à tenter leur chance avant le Lago di Cei. Je suis le mouvement dans les roues, avec de grosses accélérations tout à droite à près de 60 km/h ; ça promet pour la suite ! Après 1h30 de course nous avons déjà parcouru 60 km, et dès le pied du col ça part à fond. Un peu mal placé je perds rapidement le contact avec les douze meilleurs, me frayant un passage parmi les lâchés des groupes précédents. En mode chrono je monte à bloc et rattrape un paquet de concurrents, mais pas de dossard vert en visuel, ni devant ni derrière. A 320-330 watts en moyenne les jambes répondent très bien mais je ne reviens pas, et n’ose imaginer l’allure devant 🙂
Seul au sommet un groupe arrive 30″ derrière ; je prends le temps de manger un morceau avant la rapide descente qui nous ramène sur Aldeno, et me recale dans les roues du peloton qui se reforme dans la vallée. Le vent souffle à présent de face ; dans les vingt premières positions je veille à faire un minimum d’effort avant l’ascension finale. C’est un peu le cas de tout le monde, même si certains essaient de prendre du champ dans les derniers kilomètres faciles qui nous restent. Nous passons une dernière fois à Trento sous les applaudissements de la foule, et entamons la dernière heure de course.
Les plus forts pourcentages du Monte Bondone se trouvent au début de l’ascension, le groupe explose et une demi-douzaine de mes adversaires directs se dégage. Autour de 280 watts je suis dans ma zone de confort, mais je ferme bientôt la marche lorsque l’un d’entre eux prend la tête et monte par à-coups… ce que je n’apprécie pas, surtout en fin d’épreuve. Après 15′ à ce train je commence à lâcher quelques mètres, et bientôt une vingtaine de secondes. Le cap des trois heures de course est franchi, je me ravitaille une dernière fois en solide pour tenir jusqu’à l’arrivée. Côté liquide je profite des nombreux ravitaillements placés dans la montée, tout en surveillant ce qui se passe devant et derrière. A mi-pente je fais le break avec mon poursuivant norvégien, mais peine à relancer pour me rapprocher de mon prédécesseur portugais, toujours à 30″.
Les lacets défilent au son de l’hélicoptère, quand je vois débouler les premiers concurrents des moins de 30 ans. Michiel Minnaert (une vieille connaissance de la Vaujany) ouvre la route avec une courte avance sur un trio de chasse, puis une demi-douzaine de concurrents un peu loin (dont Kenny Nijssen). David n’est pas dans le top 10, alors que je me rapproche de l’arrivée et de la première féminine, bien encadrée par les motos de la télévision italienne. A Norge il reste environ 200 m de dénivelé, ça commence à sentir bon même si je ne sais pas combien de kilomètres il nous reste. Deux concurrents me reprennent plus loin ; un peu surpris et déconcentré je n’arrive pas à prendre le train en marche.
Tandis que l’arrivée nous est soudainement annoncée à 500 m j’aperçois David dans le lacet d’en-dessous ; je l’encourage et franchis la ligne devant une foule imposante quelques secondes avant lui, en 3h45′. Cela me classe 18° des 30-34 ans, à 15′ de l’inaccessible vainqueur Andreas Schweizer. Les écarts sont élevés devant, mais j’étais à moins d’une minute du top 15, et trois minutes du top 10. A ce niveau et sur ce type de parcours les secondes valent très cher ; dans la catégorie supérieure David De Vecchi rate le titre pour une poignée de secondes.
David termine 12° de sa catégorie après avoir mal géré son final (sa course -très tactique- s’est décantée dans la dernière heure) ; Frédéric et Jean-Luc ramènent respectivement une dixième et cinquième place chez les 40-44 ans et les 45-49 ans. A part la toute fin où j’aurais pu donner un poil plus pour conserver mon top 15 je n’ai pas de regrets : devant c’était bien trop fort pour moi, et tactiquement je n’ai pas trop mal couru en gérant plutôt bien le Monte Bondone. Reste un excellent souvenir de l’ambiance italienne, parfaitement complété le lendemain midi par un décrassage « découverte » au Colle San Carlo puis le Petit-St-Bernard, avec le Mont-Blanc en toile de fond… Le week-end fut très long et fatigant, mais à coup sûr dépaysant au crépuscule de cette saison 2013 🙂
Résultats : Catégorie (30-34 ans) / Scratch
La boucle est bouclé !
Ceci conclu, à mon sens la meilleur saison de ta « carrière » cycliste. Le fruit d’une belle entente avec ton entraîneur et l’expérience de plusieurs années. En constante progression. 2014 … Jusqu’où grimpera tu ?
Preuve que la vie professionnel et passion son conciliable, en prime de belles performances !
Bravo a toi, pour cette épatante et brillante saison ! Amicalement
Presque bouclée, si je fais le déplacement jusqu’à Annecy dimanche 😉
Merci Nico, ta saison est pas mal non plus… On va réfléchir à de nouveaux défis pour 2014, histoire de garder la motivation intacte !
Bravo tout simplement!