Bien que je connaisse le terrain, c’est avec une double appréhension que j’aborde le long périple vosgien qui nous est proposé. La première inconnue concerne la météo, annoncée très incertaine : d’ailleurs il a énormément plu toute la nuit, et ce n’est qu’à un quart-d’heure du départ qu’elle cesse… Autant dire qu’une bonne partie du parcours sera gorgée d’eau. La seconde concerne mon état de forme : pas fameuse cette semaine, suite au gros et chaud week-end vauclusien. Bref, je ne suis pas totalement en confiance lorsque s’élancent les milliers de concurrents à vive allure, direction la forêt vosgienne pour les premières difficultés.
Je redouble de prudence dans le ventre mou du peloton avec David dans la roue, quand je sens du flottement à l’arrière. Un rapide coup d’œil et je comprends vite : crevaison lente 🙁 Je m’arrête quelques hectomètres plus loin : la course devant est terminée pour moi, surtout que je mets un bon quart d’heure à réparer ! Je songe à abandonner, mais me ravise pensant à mes proches venant m’encourager et me suivre depuis Plancher-Bas. Repartant dans un groupe, je sens que ça va être difficile de remonter. Beaucoup de gravillons au bord de la route, beaucoup de crevaisons aussi : je me fraye un chemin tant bien que mal parmi les cyclos, redoutant de mettre pied à terre au col des Chevrères.
Je n’y ai évidemment pas mon rendement habituel, malgré de bonnes sensations et cherche surtout à passer les plus forts pourcentages sans me faire bloquer par les autres concurrents. Ça finit par passer, au sommet j’aperçois Marjorie et Laurence venues nous encourager avec une chouette banderole ; on prend quelques minutes pour prévenir mes parents qui m’attendent plus loin… Déjà une demie-heure que les premiers sont passés ! Descente tranquille, sous les premiers rayons de soleil de la matinée. Ça fait du bien au moral, à la sortie de Plancher-Bas je trouve mes parents et leur laisse quelques affaires superflues. Il est temps de se retrousser les manches pour « rentabiliser » la séance du jour.
Bien calé dans un groupe j’arrive au pied du Ballon d’Alsace : un seul objectif désormais, monter tous les cols à environ 300 W jusqu’à ce que ça coince… et surtout ne pas penser aux difficultés restantes. Le coup de pédale est efficace malgré la pluie et le brouillard au sommet ; je remonte des dizaines de concurrents sans trop puiser dans les réserves. Bien informé par mon père je descends prudemment sur Sewen, évitant soigneusement les trous dans la chaussée. D’autres ont moins de chance, avec quelques chutes plus ou moins graves. Dans le long faux-plat descendant jusqu’à Masevaux je me laisse remorquer par un bon paquet, en profitant pour m’alimenter.
Arrive le col du Hundsruck, où je laisse tout le monde derrière une nouvelle fois pour grimper à mon rythme : au sommet premier ravitaillement, car malgré la chaleur les bidons se vident. Descente calme, je perds quelques places et dois m’arrêter à peine quelques secondes au feu de Bitschwiller-les-Thann : nickel 🙂 La traversée jusqu’à Willer-sur-Thur est tortueuse, pour nous mener au pied du col Amic, premier étage de la longue ascension vers le Grand Ballon. Je hausse le ton et me retrouve à nouveau seul, en même temps que le ciel se couvre.
Un concurrent parvient à s’accrocher pendant quelques kilomètres, avant de craquer en vue du sommet. Comme souvent je connais un petit passage à vide en sortant de la forêt : fraîcheur, humidité et vent me font perdre quelques watts. Je franchis le sommet un peu las, dans un épais brouillard et m’arrête un lacet dessous pour m’habiller. Avec deux autres coureurs nous roulons à un petit tempo jusqu’au Markstein, début de la « vraie » descente : 140 km parcourus, encore 80 à faire et il fait presque froid. A Kruth un bon paquet nous rejoint et roule fort, je sens à nouveau du flottement à l’arrière, et m’arrête pour vérifier le pneu. RAS, j’en profite pour vider ma vessie, tant pis pour le groupe.
Je les retrouve de toute façon dès le col d’Oderen : en quelques kilomètres d’ascension je les rejoins et dépasse, y’a encore du carburant malgré les cinq heures de course 😉 Dans la plaine rebelotte : ils me reprennent et ça roule fort, j’ai l’impression d’appuyer autant qu’en faisant la course devant. Le col du Ménil est franchi dans l’élan, et quelques Belges prennent quelques hectomètres dans la longue approche du Thillot. Je laisse faire et m’alimente de nouveau, sachant que le col des Croix n’est pas loin.
Dès le pied j’appuie un grand coup et le groupe vole en éclats : après 180 km de course quelques kilomètres d’ascension suffisent à faire la différence. Un grand Belge du team Granfondo m’accompagne au sommet, avant de me poser tout en puissance dans la descente sur Servance. Je préfère en garder et bien tourner les jambes pour la traversée des Mille Étangs, qui peut faire très mal… Virage à droite, 36*25 et on se dresse sur les pédales : j’ai mal mais sans plus, et garde la lucidité pour voir ce qui passe derrière. A mon aise dans les parties raides je reprends du terrain à mes adversaires, encouragé par mes parents.
Le cap des 200 km arrive, et mon compteur commence à fatiguer, lui aussi. Sans indication kilométrique précise (et bien entamé) je perds le fil et la concentration, me laissant aller sur les parties planes. A Faucogney un petit groupe me reprend logiquement, je dois me faire violence pour rester dans leurs roues. Voilà sept heures que je pédale, j’ai hâte d’en finir. Rien à signaler dans la longue ligne droite jusqu’à Raddon, je laisse le groupe s’expliquer pour une anecdotique 150° place et franchis la ligne tranquillement en 7h26′ (arrêts compris), à près d’une heure du duo vainqueur Minnaert – Verstraeten suivi de près par un David de gala.
Évidemment la déception prime, ça fait cher pour une séance d’entraînement en montagne mais c’est toujours une satisfaction de terminer une épreuve aussi longue et difficile, en bon état physique (autant qu’on peut l’être après des heures de montagnes russes). Cette longue épreuve est un passage nécessaire pour le gros week-end de Serre-Chevalier dans deux semaines. Même si je dois avouer que sans le soutien de mes proches, j’aurais certainement fait demi-tour au moment de l’incident mécanique (et regretté ensuite).
Résultat(s) : Trois Ballons – grand parcours
Bravo pour ton épreuve et pour le moral!
C’est dommage car je pense que ta place est bien dans le premier voir au pire dans le second groupe!
Remets toi bien, pense à faire une bonne récup et de nouveau un peu de rythme et de D+ pour la Serre-Che!
A très bientôt j’espère dès mon retour en France!
Ping : Les 3 Ballons 2015, 3ème | David Polveroni
Très bel état d’esprit, celui d’un vrai cyclosportif. Il y a des victoires qui ne sont pas sur le podium. Bravo.
Emmanuelhance Rodolphe mais bel état d’esprit. Tu as eu ta crevaison annuelle maintenant tu es tranquille. À ce weekend pour la Morzine. 🙂