Forestière

Le ciel est chargé autour d’Arbent, de bonnes averses ont jalonné la route menant au départ. Pas de quoi décourager les participants : selon Météo France les précipitations devraient rester localisées. Confiant je pars en manchettes + imperméable manches courtes, cela devrait suffire à me maintenir au chaud avec l’intensité de l’effort. La température est fraîche et les routes mouillées au départ : je vois que David (Polveroni), Frédéric ou Nicolas -plus prudents- ont préféré les manches longues. Après les traditionnelles consignes nous partons à l’heure, neutralisés derrière la voiture ouvreuse le temps de sortir de la ville.

ForestièreAux côtés de Frédéric j’assure un bon train en tête dans la côte de Viry : je me réchauffe petit à petit, et vu les conditions météo chacun reste calme derrière. L’intensité va crescendo en même temps que la pluie cesse, et le groupe de tête perd régulièrement des unités sous notre action conjointe. Au sommet Bruno bascule en tête, suivi de Nicolas bien décidé à « faire » la descente humide. David (De Vecchi) suit avec Frédéric, je reste au contact quand un véritable déluge s’abat sur nous. On ne voit plus grand chose et l’écart se creuse avec nos poursuivants, au moment où la première bifurcation vers le grand parcours intervient. Nous poursuivons l’effort dans le replat qui suit pour faire le break, avec David P. qui nous garde en point de mire.

Malgré un tempo très élevé dans la côte de Giron ce dernier fait la jonction : nous voilà six en tête dans le brouillard, derrière l’écart semble déjà important. David P. prend des relais impressionnants et je suis limite dans les roues : la tendance s’inverse dès la descente, où les gravillons se mêlent aux seaux d’eau qui tombent du ciel. Le local de l’épreuve Bruno mène la danse jusqu’à St-Germain-de-Joux, avec des relais qui tardent à passer. Le col de Berentin est gravi à peine moins vite ; l’allure reste élevée mais j’ai de plus en plus de mal à me réchauffer. La descente qui suit est fatale à Nicolas : victime d’une crevaison il perd le contact, et abandonnera un peu plus tard.

Au bas de la descente le ciel nous offre une petite accalmie, la route est presque sèche par endroits. Pas le temps d’observer le paysage, car David P. a de nouveau des fourmis dans les jambes. Dans le col de la Rochette il accélère plusieurs fois : je tiens bon avec David D., mais Frédéric et Bruno lâchent du lest. Si Frédéric revient dans la descente, nous ne reverrons plus Bruno à l’avant de la course. De mon côté je retrouve peu à peu des sensations dans ma main engourdie, lorsque la pluie nous douche… une fois de plus 🙁 Je garde le moral : nous sommes quatre en tête, les relais sont efficaces et le futur vainqueur se trouve parmi nous 🙂

ForestièreComplètement trempé je n’arrive plus à me réchauffer : le col de Pisseloup est trop court pour ça. Ma main gauche n’est plus bonne qu’à freiner et tenir le cintre, trop engourdie pour passer les plateaux ou prendre un bidon. Au sommet nous croisons une ambulance de la course, je songe quelques secondes à abandonner… Passant le gros plateau de la main droite (!) je descends un peu au radar : heureusement mes adversaires restent sur la réserve et nous restons groupés jusqu’à Lantenay. Ça roule fort en plaine et dans les faux-plats montants : fatigué je saute quelques relais, histoire de continuer l’aventure à quatre le plus longtemps possible.

A Corlier nous avons plus de quatre minutes d’avance sur nos poursuivants : l’affaire est pliée, il ne manque plus qu’un rayon de soleil pour « retrouver » ma main gauche et ce sera parfait 😀 ! La descente est encore pénible car jonchée de gravillons : Frédéric et David D. creusent un petit écart, mais nous faisons la jonction en entrant dans Cerdon. Et là miracle : le soleil pointe enfin le bout de son nez. Cela revigore tout le monde avant la côte du Vieux-Cerdon, forcément décisive avec ses pourcentages à deux chiffres. David P. n’attend pas et accélère dès le pied : incapable de réagir je décroche immédiatement, Frédéric m’imite peu après. David D. est le dernier à lui tenir tête mais doit lâcher prise à son tour.

Tandis que le petit grimpeur d’Ezy file cueillir un deuxième succès à Arbent, je me bats derrière pour garder Frédéric en point de mire. L’écart n’excède pas 30″ au sommet, mais le replat m’est fatal. Le bras de fer tourne court face au rouleur du GMC 38, et me voilà seul pour un long rallye d’une quarantaine de kilomètres. Derrière j’imagine que les autres sont (très) loin et m’autorise un besoin naturel. Soleil et chaleur (relative) étant de la partie, il ne reste plus qu’à rallier l’arrivée sans encombre. Cette année nous passons au col de Ceignes, où quelques suiveurs nous encouragent.

Bien entamé j’arrive à garder une vitesse correcte jusqu’au dernier ravitaillement, doublant des concurrents du petit parcours de temps à autre. Inutile de s’arrêter prendre de l’eau ; je coince un peu dans la côte de Samognat mais c’est la dernière difficulté et le vent semble favorable pour les kilomètres restants. Un dernier effort pour traverser Oyonnax, un coup d’œil derrière et je coupe la ligne en quatrième position. David P. l’a logiquement emporté devant David D. et Frédéric, qui finissent à deux. Sur la dernière heure et demie de course je rends 9′ au vainqueur et 5′ au podium : c’est énorme mais ouvrir la route pendant 110 km dans le groupe de tête reste toujours plaisant, malgré des conditions vraiment difficiles 😉

Résultat(s) : Forestière – grand parcours

4 réflexions sur « Forestière »

  1. Certes tu rends 5 minutes au podium mais ils n’ont pas du s’arrêter pour pisser, ils se sont relayés à deux (du moins ton article le laisse supposer) et ils avaient une motivation supplémentaire (rester sur le podium, voir gagner si David P avait un ennui mécanique). Sur 40 kilomètres en fin de couse, ça ne me semble pas déconnant.

  2. Disons que le fameux théorème de Chapatte s’est vérifié sur le duo de poursuivants (1′ aux 10 km)… déjà qu’en temps normal ils roulent bien mieux que moi, mais à deux avec la fatigue de fin de course y’a pas photo (j’étais davantage préoccupé par bien finir et me réchauffer/m’alimenter).
    Je poussais les pédales régulièrement à i2-i3, donc pas vraiment en roue libre 😉 (juste rageant de finir au pied du podium pour la n-ième fois cette saison)

  3. Ping : Des averses de la Forestière, au soleil de la montée de Vacheresse-Bise pour le Challenge Idriss Hirsch.

  4. Ping : La Forestière 150km | David Polveroni

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