Trois Ballons

Conformément aux prévisions la météo est maussade à Luxeuil-les-Bains, au départ de la plus longue épreuve de la saison. Avec Damien, David, Nicolas et une armée de Belges et Hollandais nous patientons dans le sas de départ ; les routes sont déjà trempées par les orages de la nuit et un fin crachin nous tombe dessus au départ. Voilà qui rajoute un peu de tension à un départ toujours nerveux, avant d’aborder les premiers contreforts vosgiens. Néanmoins le peloton ne semble pas décidé à en découdre immédiatement, ce qui laisse suffisamment d’opportunités pour tenir sa place devant. Ce que je fais, en évitant les bas-côtés et l’accumulation de gravillons traitres pour les pneus.

Trois BallonsLa température est douce lorsque nous arrivons à Faucogney et les premières accélérations surviennent. Les jambes répondent bien, je fais les descentes dans les premières positions bien rassuré par l’adhérence de mes Continental GP4000S2 sur sol humide et bosselé. A Servance la route commence à s’élever, pour attaquer la première difficulté du jour. Le col des Chevrères est trop court pour créer de véritables écarts, mais reste un bon test pour la forme du jour. Passer dans les premières positions au sommet permet d’assurer une descente calme sur route compliquée, alors je m’emploie pour suivre le rythme imposé par Bob Michels, relayé par un compatriote.

Calé dans les dix premiers je passe le point chaud sur le 36*28, assis pour garder l’adhérence. David et Michiel Minnaert remontent à leur train ; au sommet je passe sixième, rassuré par les bonnes sensations du jour. Le temps de saluer nos supportrices Laurence et Marjorie, et nous basculons dans un brouillard épais dans la descente. Cela calme tout le monde, avant d’accélérer une fois que nous retrouvons de la visibilité. Un petit écart est fait avec nos poursuivants, rien de rédhibitoire même si les relais sont plus appuyés que d’habitude vers Auxelles-Bas.

Trois BallonsJ’y retrouve mes parents qui m’alimenteront en bidons et gels pour le reste de l’épreuve, avant de redescendre sur Giromagny, direction le Ballon d’Alsace. Quelques hommes dont Damien et Nicolas sont revenus de l’arrière portant le groupe à une trentaine d’unités, la route est presque sèche mais ça ne va pas durer… Dans l’ascension un équipier de Bart Van Damme assure un tempo parfait, suffisant pour écrémer le groupe alors que je n’entame pas mes réserves dans sa roue. Premier ravitaillement au sommet, déjà deux bonnes heures de course avant d’attaquer la descente.

Le show Nicolas peut alors commencer : au fil des épingles il prend plusieurs longueurs d’avance, jusqu’à ce qu’on le perde de vue. Derrière certains se font quelques frayeurs (avec plus ou moins de casse) : au pied du lac de Sewen nous avons quasiment une minute de retard et ce n’est pas le train de sénateur dans la vallée de la Doller qui nous permet de revenir, bien au contraire. Je décide alors de faire le forcing dans le col du Hundsruck, histoire de rester devant à la bascule et tenter de passer au feu vert à Bitschwiller-les-Thann.

L’allure est très soutenue et le groupe se réduit de nouveau : au sommet nous faisons la jonction avec Nicolas, qui ressort dans la descente. Cette fois-ci l’écart est plus faible, mais suffisant pour qu’il passe juste avant la barrière automatique du train, le peloton coincé juste derrière 🙂 Une minute gagnée facilement pour mon collègue drômois, prime à l’attaque ! Derrière on ne s’affole pas et chacun profite de cet arrêt pour satisfaire un besoin naturel, puis repart une fois la barrière levée. Place à l’enchaînement col AmicGrand Ballon, où généralement les masques tombent.

Trois BallonsAvec Bob on imprime à nouveau un gros tempo jusqu’au col Amic, où nous reprenons Nicolas. Le groupe explose au même moment sur une accélération de David, trop juste je ne réagis pas dans un premier temps et laisse partir une demie-douzaine d’adversaires. Tout le monde se regarde lorsque David crève, ce qui me permet de rentrer et prendre un courant d’air lorsqu’il fait la jonction après dépannage 😉 L’allure s’accélère de nouveau, l’élastique se tend et rompt à cinq kilomètres du sommet, en sortant de la forêt. Je prends un gel et maintient un tempo convenable, attendant un peu de renfort de l’arrière.

Nous voilà à six contre six dans le vent puis le brouillard ; je m’arrache pour rester au contact et ne pas basculer seul sur la route des crêtes. C’est chose faite au sommet, où Bart prend quelques longueurs à deux minutes de la tête de course. Je me couvre pour la descente, car l’intensité de l’effort parvient à peine à nous réchauffer. Les relais tournent gentiment, sans se mettre à fond car le chemin est encore long jusqu’à la ligne, plus de 80 km. La pluie recommence à tomber et la route est de nouveau mouillée lorsque les signaleurs nous ralentissent : un accident vient de se produire dans le groupe de tête, jetant à terre Bob et David, sérieusement touchés vus les secours déployés 🙁

Cela refroidit tout le monde avant la descente du Markstein où une pluie d’orage s’abat sur nous. Les virages sont abordés prudemment, avec une visibilité réduite. Cela requiert une attention de tous les instants, en même temps que le corps se refroidit… Moment difficile à passer, à ce moment-là les écarts ne comptent plus vraiment. Le retour à Krüth est comme une délivrance, avec la fin de l’averse et de timides éclaircies pour entamer le col d’Oderen. Deux coureurs belges du groupe assurent l’essentiel du travail, les autres suivent et souffrent en silence.

Trois BallonsPas au mieux je me fais violence pour rester au contact et vue de la longue vallée qui suit, tout en continuant à bien m’alimenter. Rien à signaler dans la descente, si ce n’est les gros nuages noirs au loin qui annoncent de nouvelles averses. Nous franchissons à nouveau trempés le col du Menil. Malgré la pente faible et l’abri de mes concurrents je suis clairement en sursis, la prochaine difficulté me sera probablement fatale. Le déluge me force à remettre les lunettes pour éviter les projections d’eau ; guère agréable mais au moins nous n’avons plus froid, les kilomètres défilent rapidement jusqu’au Thillot.

Virage à gauche, virage à droite et c’est parti pour le col des Croix. Ce n’est pas long, pas dur non plus mais je rends les armes au bout de quelques hectomètres alors que mes adversaires continuent à leur rythme. Au sommet l’écart n’excède pas les 20″, dans le dur je songe surtout au final via Esmoulières : encore 40 kilomètres à boucler, pas les plus simples. Informé par mes parents je vois un duo qui se rapproche à l’arrière. Si devant c’est trop fort pour moi, peut-être que je peux arriver à tenir leurs roues pour finir accompagné jusqu’à Raddon.

Le soleil refait son apparition à Servance, avant la montée de Beulotte et ses passages à 20 %. Il fait (enfin) chaud, mais la pente infernale ne laisse aucun répit pour enlever coupe-vent et manchettes. Je me bats sur le 36*28 pour rester au contact de mes nouveaux compagnons de route, ça tient jusqu’au sommet. Nous n’avons que 30″ de retard sur le groupe précédent, mais l’interminable plateau des Mille Étangs finit d’épuiser les organismes et accroit les écarts. Sur des routes granuleuses avec d’incessantes montées/descentes je suis à deux doigts de craquer plusieurs fois, les encouragements de mes proches et la perspective d’un top 10 m’aident à tenir le coup.

Trois BallonsUne dernière averse nous oblige à la plus grande prudence pour le retour sur Faucogney : plus que 7 km avant la ligne, ça sent bon l’écurie ! Je fais ce que je peux pour relayer le Belge et Hollandais qui m’accompagnent, la différence de gabarit ne plaidant pas en ma faveur. Les dernières cartouches sont grillées à 3 km de la ligne pour passer un faux-plat anodin, complètement cramé je ne dispute pas le sprint et termine aux portes du top 10 : onzième scratch, premier Français après 6h50′ d’un gros chantier vosgien.

Difficile d’être déçu vues les conditions météo : finir en bon état, sans chute ni crevaison est déjà une excellente chose. Ma générosité en première moitié de course ne m’a pas permis d’accompagner les meilleurs dans le Grand Ballon, cela reste toujours difficile de courir contre nature sur des routes que l’on connait très bien. En tout cas la condition physique est très bonne, la récupération correcte… cap sur Morzine la semaine prochaine, souhaitant une météo plus estivale 😉

Résultat(s) : Trois Ballons – grand parcours

3 réflexions sur « Trois Ballons »

  1. Bravo pour cette belle course et ce très bon résumé !

  2. Merci… ça fait quelques éditions qu’on n’a pas de chance avec la météo vosgienne.
    Ces « ballons » sont tellement beaux sous le soleil 🙂

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