Morzine Haut Chablais

C’est à la fois confiant en ma condition physique et avec une pointe d’appréhension que je reviens à Morzine ce matin, épreuve du Grand Trophée à laquelle je suis fidèle depuis 2010. Mon abandon l’an passé (malade) dès le premier col m’avait marqué ; j’ai à coeur de me rattraper cette année avec une forme optimale. La météo est favorable : fraîcheur puis soleil devraient nous accompagner durant les 155 km prévus et les orages nous laisser tranquilles. Détendu avec Gilles Foucault je retrouve mes collègues cyclosportifs dans le sas de départ : Jean-Francis Pessey, Nicolas Roux, William Turnes, Frédéric Ostian, Nicolas Raybaud, Jean-Luc Chavanon… j’en oublie 🙂 Manchettes et coupe-vent suffisent au soleil levant, à 8h00 le départ est donné direction le lac de Montriond, puis le col de Joux-Verte.

Morzine - Haut-ChablaisAu pied les jambes ne sont pas exceptionnelles alors je laisse faire et reste dans les 15-20 premières positions du peloton. Deux jeunes coureurs de Creuse Oxygène mènent grand train aux Lindarets, bien pistés par Nicolas, Jean-Francis et William. Un peu dans le dur je recule mais garde ma place dans le groupe de tête, avant de me refaire la cerise dans le replat. A 3 km du sommet ça accélère de nouveau : là je suis beaucoup mieux et tourne bien les jambes, au sommet je bascule en deuxième position : nous ne sommes plus qu’une quinzaine. Nicolas ne tarde pas à faire la descente, très rapide et technique pour revenir sur Morzine. Les deux coureurs creusois le suivent, ainsi que Jimmy Carpentier et Cyril Vuarand dans un second temps. Intercalé avec de très bons coureurs derrière je renonce à prendre le risque supplémentaire pour faire la jonction : en bas nous sommes une douzaine d’hommes à 20″ du quintet de tête.

A 120 km de l’arrivée rien de rédhibitoire cependant ; Frédéric sonne immédiatement la charge, avec le concours principal de Jean-Francis et William nous stabilisons l’écart à 30″ jusqu’à St-Jean-d’Aulps. Les kilomètres défilent à toute allure, nous voilà déjà au pied du col du Corbier. Jean-Francis ne se pose pas de question et imprime un tempo d’enfer, entre 5 W et 5,5 W/kg. En quelques kilomètres d’ascension le groupe se réduit à six ; malgré un effort maximal nous avons perdu 40″ dans l’ascension, sur les quatre hommes de tête puisque Cyril a craqué. Nous le reprenons dans la descente mais l’affaire est mal engagée : malgré des relais réguliers nous ne cessons de perdre du terrain sur la tête de course, et les troupes sont entamées au tiers de la course.

Morzine Haut ChablaisLes difficultés s’enchaînent, direction le col du Grand-Taillet où de grands lacets dégagés permettent de faire des écarts. Jean-Francis continue d’imposer un train élevé dans l’ascension ; nous suivons et subissons en silence. Pointés à 2′ au sommet, nous gardons 1’30” d’avance sur nos plus proches poursuivants. La descente est rapide et sinueuse ; j’ouvre la route tout en me ravitaillant, les jambes sont lourdes mais j’imagine que c’est pareil pour tout le monde. En bas nous reprenons une route plus large, permettant de relayer à six et souffler un peu. Cela ne dure pas, la courte côte de la Vernaz venant nous casser les jambes 😛 Toujours le même schéma : gros relais de Jean-Francis, puis de Francis Rousset dans la montée.

L’écart ne cesse de grandir et dépasse les 2’30” : à ce moment-là on ne se fait plus d’illusions, il s’agit désormais de limiter la casse jusqu’au pied de Joux-Plane puis espérer des défaillances dans le final… Vu le rythme effréné depuis le départ il y en aura, c’est certain 🙂 Le rythme baisse d’un ton dans le col de Jambaz, plus roulant et propice aux relais ; le motard qui nous accompagne propose de nous remplir les bidons, merci à lui et voilà une chose de réglée pour la fin de course. Nous approchons gentiment des 100 km de course, le trafic estival se fait plus dense dans Mieussy puis Taninges mais tout se passe sans encombres avec un minimum d’attention. L’entente du groupe décline dans les kilomètres qui suivent : Francis et Joffrey Degueurce prennent le large et nous voilà à deux contre quatre, séparés de 20″ à peine à 10 km de Samoëns.

Une débauche d’énergie bien inutile avant le redouté col de Joux-Plane, mais c’est comme ça… Derrière je n’abdique pas avec Jean-Francis, Cyril et William tout en gardant des forces pour le final qui s’annonce délicat. Virage à gauche après Verchaix, au Villard le ton est donné avec une pente à 12 % ! Le groupe explose, Jean-Francis s’envole et je résiste à William, tout en reprenant Francis et Joffrey. Tout à gauche je gère aux sensations et elles ne sont pas si mauvaises : laissant passer l’orage je fais le point au moment de retrouver la voie classique du col. A 10 km du sommet Nicolas caracole en tête avec 5′ d’avance, suivi de ses trois anciens compagnons d’échappée puis Jean-Francis, William et moi. Une place sur le podium est envisageable, alors on sort la baïonnette et on se bat 🙂 Alternant passages assis et en danseuse à 5 W/kg je reste calé à 10″ de William, qui plafonne à mi-pente.

Morzine Haut ChablaisDans un léger replat (7 % tout de même) j’ai encore du gaz et reviens sur lui en force, alors qu’un échappé est à l’agonie juste devant… Nous voilà cinquième et sixième, la remontée commence… Rarement sous les 9 % la pente est à mon avantage, je maintiens un gros tempo et William lâche du terrain. Les kilomètres défilent lentement mais la force est toujours là et je reviens sur Jimmy puis le second coureur de Creuse Oxygène. Me voilà sur le podium, à bonne distance de Nicolas et Jean-Francis qui semblent hors d’atteinte : surmotivé je veille à bien m’alimenter et boire. William s’accroche toujours à moins d’une minute et je crains son retour dans le final, alors je lâche (presque) tout ce que j’ai au sommet, franchi en un temps record malgré une baisse logique de puissance sur la fin.

A la bascule William pointe quasiment à 2′ ; je reste suffisamment lucide pour traverser un troupeau de vaches et relancer jusqu’au col du Ranfolly après le lac. Ces derniers hectomètres font toujours aussi mal, avant de faire une descente prudente. En quelques éditions depuis 2010 je commence à bien la connaître et me méfie jusqu’à l’entrée de Morzine. Troisième passage dans la station, avant de descendre au pied de ville puis remonter au lac de Montriond. Toujours aucun signe de mon adversaire ; avec l’expérience je suis plus serein qu’en 2014 et gère les trois derniers kilomètres en mode chrono. Encouragé par les concurrents du petit parcours je m’arrache jusqu’à la ligne, coupée en 5h02′ sur le podium scratch 🙂

Grapillant encore du temps dans Joux-Plane, Nicolas s’adjuge sans la moindre contestation l’épreuve en 4h51′ devant Jean-Francis en 4h57′ ; William me suit à un peu plus de trois minutes, puis Joffrey complète le top 5. Aux anges de me retrouver avec deux grands cyclosportifs sur le podium, je ne pouvais guère faire mieux aujourd’hui : dans la descente de Joux-Verte j’ai probablement loupé le coche pour accompagner l’échappée, mais je l’aurais sans doute payé dans Joux-Plane 120 km plus loin. Bref, aucun regret au moment de récupérer car dans moins d’une semaine un très gros morceau se présente avec la Supergranfondo Galibier Izoard… Et il faudra être plus gestionnaire pour terminer l’épreuve en bon état 😉

Résultat(s) : Morzine Haut Chablais – grand parcours

5 réflexions au sujet de « Morzine Haut Chablais »

  1. Merci… samedi prochain faudra surtout rester humble face aux deux monstres Galibier et Izoard, car le moindre coup de mou se paiera cash dans un final interminable (35 km d’ascension depuis Briançon, certes peu pentus jusqu’au Lautaret mais souvent très ventés).

  2. Salut Rodolphe, bravo pour tes performances ! Impressionnant ! Sympa tes retours d’expériences aussi, c’est toujours agréables à lire !
    Je me pose une question, quand tu parles d’un départ tranquille à 4.5w/kg, tu prends quelle masse ? L’homme uniquement ou la masse totale ? Dans les deux cas ça reste énorme je trouve !

  3. Salut Fabien,
    Je calcule par rapport à mes 60 kg à poil, toujours 😉 milieu de zone i3, donc encore bien en-dessous du seuil…

Laisser un commentaire