Supergranfondo Galibier Izoard

Reprenant le parcours de l’ancienne Louison Bobet (sans la redescente sur Valloire), le Supergranfondo Galibier Izoard constitue l’un des plus gros morceaux de la saison. Avec 180 km et trois cols hors catégorie à plus de 2300 m il faudra être costaud physiquement et mentalement pour franchir sans encombre ces montagnes, ainsi que d’interminables vallées haut-alpines. A 7h30 le soleil nous caresse de ses premiers rayons, mais il ne fait pas chaud au départ (5°C). Heureusement la météo promet d’être optimale pour les 600 engagés ; je patiente tranquillement dans le sas prioritaire en compagnie de David De Vecchi, Frédéric Ostian, Stefano Sala, Cédric Richard, Paul-Emile Lorthioir… et tant d’autres amoureux de la montagne. Un dernier briefing de course sur le respect de la nature et du code la route ; nous voilà partis pour une longue aventure.

Supergranfondo Galibier IzoardLa première ascension vers le col du Galibier permet de se réchauffer tranquillement en admirant le paysage. Ce n’est pas souvent qu’on monte à la cathédrale des Alpes si tôt le matin : le contraste est saisissant entre ombre, soleil levant sur le versant opposé et le ciel bleu azur 🙂 Autour de 4,5 W/kg l’allure est idéale pour débuter, tout en éliminant déjà quelques coureurs. A Plan-Lachat on attrape le soleil et je ne quitte pas les premières positions du groupe, à 40″ d’un coureur de Villefranche. Personne ne songe à accélérer tout de suite, même si Stefano a déjà des fourmis dans les jambes. Je laisse faire et suis jusqu’au sommet, où je m’habille et me ravitaille pour la longue descente sur Briançon.

Pas grand chose à signaler dans celle-ci, les virages s’enchaînent très rapidement derrière Stefano ce qui permet à peine de jeter un oeil sur les Ecrins juste en face 😛 La circulation encore faible à cette heure facilite notre dégringolade jusqu’au col du Lautaret : une fois l’échappé rejoint nous sommes alors une quinzaine en tête. Plus personne ne reviendra de l’arrière à part Antoine Philip, futur vainqueur du petit parcours et auteur d’une ascension canon du Galibier. La plupart des coureurs présents à l’avant passent les relais dans la longue transition jusqu’à Briançon, où il est temps de se déshabiller un peu. Notre progression est rapide le long de la Durance, via la N94 : la courte remontée de St-Martin-de-Queyrières désorganise à peine le groupe qui file à toute allure sur Guillestre.

Supergranfondo Galibier IzoardSi certains piochent à l’entrée du Queyras je suis toujours à l’aise après 2h30 de course, à peine perturbé par le détour via la route de la Viste. Celle-ci nous permet d’éviter Montgauvie et ses tunnels à l’entrée de la vallée du Guil, mais impose la plus grande vigilence avec de nombreux gravillons. Si cela ne pose pas de problème à la montée, la descente est plus tendue : nettement plus accrobate que nous Stefano enfile les virages comme des perles. A la Maison-du-Roy on ne peut que constater les dégâts : 30″ de retard… A 90 km de l’arrivée le pari est un peu fou ; si Frédéric sonne la charge la douzaine de coureurs restante n’a pas envie de se livrer totalement pour revenir. L’écart passe à 45″ vers l’Ange Gardien, où mes parents me passent deux bidons et m’encouragent 😉 Il est temps d’enlever coupe-vent et manchettes pour entamer le col de l’Izoard : après 105 km de course les masques vont forcément tomber.

Dès le pied je suis bien et monte en souplesse autour de 5 W/kg avant de réduire l’allure vent de face jusqu’à Arvieux. Je remets le couvert à la Chalp, puis Brunissard : dans les pentes à deux chiffres le groupe explose ; seuls David, Paul-Emile, Cédric et Frédéric s’accrochent dans la forêt. Le rythme est élevé mais j’en garde un peu : inutile de s’isoler au sommet, sachant qu’il y aura encore une longue vallée montante pour rallier l’arrivée. Sous la Casse Déserte Cédric et Frédéric lâchent à leur tour, imités par Paul-Emile un peu plus loin ; seul David résiste à la bascule, où je me ravitaille avant de dévaler sur Cervières. Chacun fait la descente à sa main, un peu trop puisque j’ai 10″ de retard sur David au Laus avant de longues lignes droites où il faut constamment pédaler.

Supergranfondo Galibier IzoardFrédéric revenant fort de l’arrière je m’accroche à la roue et relaie : à Villard-St-Pancrace nous faisons la jonction avec David, formant un trio à la poursuite de Stefano. La traversée de Briançon est toujours aussi pénible dans le trafic estival ; à 40 km de l’arrivée nous avons 2’50” de retard, tout reste possible avec le vent de face qui se lève. Nous entamons la longue ascension vers le col du Lautaret autour de 4 W/kg ; chacun fait le boulot en gardant de la réserve pour le final. Au Monêtier-les-Bains le frère de David nous ravitaille, rompant la monotonie de l’effort. Les pourcentages s’élèvent autour de 5 %, à ce stade de la course on passe le petit plateau : l’écart tombe sous les 2′ sans accélérer, à 20 km de la ligne Stefano est en train de coincer.

Nous le reprenons avant les tunnels, défaillant il ne cherche pas à s’accrocher. Relativement abrités dans les derniers lacets du col nous nous ravitaillons, virage à droite direction le col du Galibier, le dessert du jour. La victoire ne nous échappera plus ; chacun observe le coup de pédale de l’autre alors que le vent gêne à nouveau la progression. Avec ce qui me reste de lucidité et de force -soit pas grand chose 😛 – je réfléchis à la tactique à adopter, sachant qu’en arrivant à la flamme rouge avec David c’est perdu. 4 km de la ligne, vent favorable : j’allume la première mèche, pour voir comment ça réagit. A plus de 2300 m et 6h de course ça fait très mal : Frédéric décroche, David reste collé à ma roue, plutôt facile.

Supergranfondo Galibier IzoardJe réessaie à nouveau au kilomètre suivant, puis avant le tunnel en mettant tout ce qui me reste : rien à faire, mon adversaire ne craque pas. Le dernier kilomètre est le plus difficile, à 2600 m nous sommes tous deux en apnée. David démarre sèchement dans le dernier virage : à 400 m de la ligne ça ne fait pas un pli et je cède, à bout de forces. Je conserve la deuxième place en 6h14′, quelques secondes derrière David et une grosse minute devant Frédéric. Derrière les écarts sont énormes : Cédric pointe à plus de 10′, Paul-Emile à 12′. A chaud les sentiments se mêlent : épuisement physique et mental, joie d’être resté dans le match jusqu’au bout pour la victoire, déception d’échouer à quelques secondes du Graal… Je retiens (comme souvent) une belle partie de manivelles sur un parcours digne de la Marmotte (l’affluence en moins, gageons que le peloton des prochaines éditions sera plus fourni) avec des ascensions mythiques dans “mes” Hautes-Alpes 😉

Résultat(s) : Supergranfondo Galibier Izoard – grand parcours

2 réflexions au sujet de « Supergranfondo Galibier Izoard »

  1. Quand il y a les parents ça va mieux!!! 🙂 en tout cas félicitation car je pense que c’était la course la plus dure jusqu’à présent… tu m’épates comme d’hab…!

  2. Oui ça aide forcément, tout comme la connaissance du terrain (je suis né à Briançon et roule dans les Hautes-Alpes tous les étés) 😉 Après ça reste très très dur, fallait pas 3 km de plus car j’arrive vidé.

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