Ce matin j’ai rendez-vous en terre inconnue à Luchon, au départ de la Lapébie. Cette épreuve fait la part belle aux Pyrénées centrales, avec le redoutable port de Balès en guise de final. 157 km pour 3200 m de dénivelé annoncés, ce n’est jamais anodin début septembre. En tout cas la météo est de la partie (18°C au lever du jour), les jambes aussi et Jean-François m’a briefé sur le parcours, lui qui connaît très bien le coin pour le sillonner en VTT.
Environ 150 coureurs au départ, il fait encore frais mais la température est déjà suffisante pour enlever les manchettes. Après quelques minutes neutralisées jusqu’à la sortie de Luchon, place aux choses sérieuses avec l’approche du col des Ares : une petite vallée de 20 km, qui sera animée par quelques attaques. Rien de bien sérieux cependant, nous arrivons groupés au pied du col.
Le début se fait à rythme élevé, puis l’allure baisse d’un cran. Les jambes répondent parfaitement alors j’appuie un bon coup pendant quelques minutes, ce qui crée une sélection d’une quinzaine d’hommes au sommet. La descente est prudente et agréable en forêt, souvent à l’ombre on sent que le thermomètre grimpe. Ça tourne beaucoup, ça monte et ça descend en permanence : c’est aussi ça les Pyrénées… Les vallées ne sont pas jamais vraiment plates 🙂
Les relais sont modérés dans le groupe, chacun en garde pour les prochaines difficultés. J’en profite pour faire le tour et repère le favori Sébastien Pillon, très bon grimpeur élite et triple vainqueur de l’épreuve. Je veille également à bien m’alimenter pour la suite, qui arrive vite avec le col de Larrieu. Il est court et irrégulier ; les trois derniers kilomètres sont plus difficiles alors je remets une couche et le groupe se scinde en deux, avant de se reconstituer dans la descente.
Descente rapide, étroite et tortueuse : Sébastien prend les devants et j’ai toutes les peines du monde à coller aux trajectoires sur un terrain qui m’est inconnu. Voilà qui risque d’être compliqué pour la suite, d’autant qu’il fait forte impression dès que ça monte. Encore un bout de vallée, et en avant pour le col de Menté. C’est plus long, c’est plus dur que les difficultés précédentes : à coup sûr le gros écrémage va se faire là.
Collé aux roues dans l’approche roulante, je réponds le premier lorsque Sébastien produit son effort dans les premières parties difficiles. Sauf qu’à 7,5 W/kg je perds du terrain, avec une autonomie extrêmement réduite à ce train. Seuls Jean-Marc Goudin, Matthieu Boulot et Bertrand Putigny arrivent à suivre : ce dernier sort et s’intercale à la faveur d’un replat, mais plafonne derrière le leader. Calé à 5,5 W/kg je garde l’homme de tête sous la minute, et Bertrand à une poignée de secondes sans réellement penser à la suite…
Nous reprenons Bertrand à la bascule, sous l’impulsion de Matthieu qui file pleins gaz dans la descente. Restée célèbre par la mauvaise chute de Luis Ocaña dans le Tour 71, elle est technique et rapide. Jean-Marc et moi sommes en difficulté et lâchons du lest face à Bertrand et Matthieu. La vallée jusqu’à Mauléon-Barousse fige les positions : avec Jean-Marc les relais passent bien jusqu’au pied du port de Balès, où nous opérons un court arrêt pour se ravitailler en eau.
Nous voilà au pied du gros morceau de la journée, très irrégulier avec de forts pourcentages. Bref, tout ce je n’aime pas 😛 Les premiers kilomètres sont en faux-plat montant, souvent à l’ombre et nous nous relayons bien pour limiter les écarts avec le podium, on ne sait jamais 😉 Un petit pont marque le début de la route forestière, et des choses sérieuses avec des pourcentages à deux chiffres. Ça fait mal, on met tout à gauche et Jean-Marc assure l’essentiel du tempo, tandis que nous reprenons les concurrents du petit parcours.
A mi-pente la déclivité s’adoucit, j’en profite pour prendre un gel et perds quelques longueurs sur mon compagnon avant de recoller. L’élastique se tend mais ne rompt pas ; à 3 km du sommet nous reprenons même Bertrand, qui cale en fin d’ascension. La perspective d’une troisième place regonfle le moral, les jambes reviennent dans les deux derniers kilomètres avec un décor montagnard de rêve 🙂 J’impose alors mon rythme à Jean-Marc, qui commence à coincer.
Alors que je vois Matthieu à moins d’une minute devant j’augmente progressivement la cadence, debout sur les pédales. Ça brûle de partout, Jean-Marc ne résiste pas et lâche 30″ jusqu’au sommet. J’entame la longue descente prudemment, certains virages sont piégeux mais je continue d’augmenter l’écart avec le quatrième tout en me rapprochant de la deuxième place. Un dernier gel pour finir correctement, et je continue d’écraser les pédales autour de 4-5 W/kg.
Au moins à ce rythme-là je suis à peu près sûr de ne pas être repris ; dans une partie plus plate j’aperçois Matthieu qui semble avoir « débranché ». Sans me poser de question je le dépasse en injection : me voilà deuxième ! Encore 10 km à tenir, pas question de craquer ou faire une boulette maintenant. Encore concentré et lucide je fais attention au fléchage, regarde de temps en temps derrière… Personne en vue, ça sent bon 🙂
Je ne relâche mon effort qu’en abordant la dernière ligne droite avec des crampes naissantes derrière la cuisse : après Morzine en 2014 je tiens enfin un podium sur une cyclosportive, à la deuxième place ! Jean-Marc monte sur la boîte à moins d’une minute derrière ; nous terminons à environ 9′ de Sébastien, qui l’emporte donc pour la quatrième fois. Aujourd’hui encore il était hors-concours, creusant essentiellement l’écart en descente puis en vallée. Cet excellent résultat me permet également de prendre la tête du Grand Trophée chez les 30-39 ans, qui ne devrait plus m’échapper (confirmation après la Ronde Picarde dimanche prochain).
Résultat(s) : Lapébie – grand parcours
Un podium scratch, ça fait plaisir depuis le temps que tu tournais autour 😉 Bravo !
bravo Rodolphe, encore une course très solide cette année avec un résultat plus que mérité. Et je te confirme le classement du Grand Trophée ne va pas changer à la Ronde Picarde 😉
Merci Gilles, merci Seb 🙂
Ça a été une belle bataille cette année, j’étais un peu short sur le nombre de manches disputées (9 au total mais finalement 8, vu que la Pra Loup ne semble pas compter).
Je n’avais juste pas les armes pour lutter cette année, il n’y avait pas vraiment de bataille 😉
mais l’an prochain avec les mondiaux en france la prepa sera plus serieuse comme pour beaucoup d’autres je pense !
Félicitations !
9 minutes sur la ligne, en effet il n’y avait pas grand chose à faire pour espérer la victoire …
Dont 7′ entre le sommet de Menté et le pied de Balès… descente et vallée ^^
Ce jour-là l’expression « nous tourner autour » a pris tout son sens 🙂